16.165 kilomètres et D+ de 57.905 mètres depuis le 22 XII 2019 et 20.065 kilomètres depuis le 30 V 2019

Finlande, Suède, Norvège et leurs Laponies respectives ayant été fermées pour des gens du voyage et Double Cap-Nordier comme moi, je n'ai fait depuis 2 ans que des ronds de plus en plus grands en Alsace et de l'autre côté du Rhin. Ces deux derniers mois je ne faisais plus que des tours entre 130 et 189 kilomètres en découvrant depuis Strasbourg, les Vosges, la Lorraine, la Moselle, l'Alsace Bossue et le Pays de Bitche, le Parc Naturel Régional des Vosges du Nord, pour aller chatouiller en Allemagne le Palatinat au nord de Lembach, Wissembourg et Lauterbourg.

Dans ces régions françaises économiquement pauvres à l'ouest de la riche Alsace, dans ces énormes forêts percées parfois par de minuscules villages, de hameaux ou de maisons isolées au crépis moisi, écaillé ou éclaté, je me suis senti heureux. Heureux, certes dans un bonheur de remplacement, car personne ne saura me redonner les forêts finlandaises, suédoises et norvégiennes allant sur des milliers de kilomètres et dans lesquelles on contourne toujours des centaines de lacs dans la journée ou on passe des centaines de fois sur un pont au-dessus de ruisseaux, de rivières, de torrents, de marécages.

Dans nos régions que j'ai parcourues ici cet été 2021, j'y ai retrouvé cette atmosphère du nord scandinave et nordique, la seule dans laquelle je sais respirer. Cette atmosphère qui existe en dessous du Cercle Polaire. Au-dessus, c'est un autre souffle qui commence, car avec la toundra, les arbres sont biens rares, les bouleaux sont rabougris, il ne reste plus que le ciel, avec en-dessous, quelque part plus bas, une ligne de terres et de bosses en Finlande, de montagnes plus arrondies en Suède ou "alpines" en Norvège; et avec la mer et les fjords. Là, cette autre aventure est une aventure intérieure, car il reste en nous, d'étapes en étapes, juste l'idée qu'un jour ou l'autre nous arrivons au bout de nos terres, dans le septentrion que nous pouvons encore gérer nous-mêmes à la seule force de la traction animale qui se laisse exprimer par le vélo, qu'il soit libre ou assisté.

Comme mes tours de ces deux derniers mois étaient bien plus longs, je devais partir plus tôt le matin et rentrer plus tard le soir, et dans les forêts sur les très longues petites routes forestières, de 30 kilomètres ou encore plus, j'ai pu revivre pendant des heures cette magie que l'on ne peut vivre que dans ces trois pays du Nord. Le soleil passe à travers vous et les arbres en n'étant pas plus haut qu'à 45°, qui sont là-haut en été pendant 2 mois et demi sa hauteur maximale et durable jusqu'au Cap Nord. Chaque arbre se projette toute la journée de 24 heures dans son avenir de lumière loin devant ou à côté de lui, parfois jusqu'à l'horizontale. Une aurore ou un crépuscule chez nous est une journée hybride là-haut, et c'est seulement là que notre esprit a le temps d'être, car autrement, chez nous, il est plaqué au sol par un levant, par un zénith et par un couchant pour trouver l'oubli ou le manque. Et ce n'est qu'au rythme du vélo que l'on arrive à coexister avec son esprit, celui-ci qui se prend dans la lumière.

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