Bilans mécanique, touristique et personnel

IMAG0577-844998132.jpgDans son objectif initial et technique, ce voyage est raté. En janvier de cette année 2012 j'avais acheté un vrai vélo d'expédition, un vélo droit autrichien Simplon Kagu HD, à dérailleur, pneus larges et freins hydrauliques à disques, avec lequel je prévoyais de faire cette expédition de cet été 2012 avec ma remorque BeeZ (www.beecyclo.fr). C'est un des plus solides vélos en aluminium à tubes à structure complexe hydrauformés de voyage du marché qui supporte une charge utile de... 160 kilos.

Mais le souvenir de mes maux de l'année dernière avec un vélo droit Gudereit, certes non adapté à cet effet, m'a fait venir à ce trike HP Velotechnik Scorpion fs Rohloff, avec lequel on n'a mal à rien et l'on peut gravir des montagnes, certes très lentement, jusqu'à une certaine limite déterminée par la position du cycliste. Cette limite est sur un vélo couché la capacité des genoux à encaisser de très fortes pressions en situation extrême. Les graves dysfonctionnements m'ont obligé à stopper mon expédition. Les avantages d'un trike. Avec un trike et la démultiplication actuelle minimale 17/40 et boîte Rohloff, je franchis autant les montagnes qu'avec un vélo droit, plus lentement et avec un rythme cardiaque qui reste totalement et incroyablement bas et une respiration qui s'accélère légèrement. En vélo droit cœur et respiration s'accélèrent très rapidement dans une déclivité dépassant les 10 à 12% et l'épuisement est vite atteint.

Je me rassure moi-même en gardant en tête tout ce que l'on lit partout de bon sur les exploits réalisés avec cette boîte Rohloff.

Avec en mémoire les maux et fatigues physiques occasionnés par un vélo droit, j'aurai très mal supporté cette expédition de cette année 2012 à cause des sales conditions météo même pour un norvégien. Le bilan de cette expédition arctique polaire 2012 reste donc positif, mais à presque 59 ans je ne dispose plus d'une grande marge pour faire des essais. L'été dernier j'étais presque chaque soir au bord de l'épuisement alors que le climat était idéal et le relief allant de doux à normal. Cette été j'étais relaxed chaque soir, protégé du vent et des grosses pluies avec mes habits techniques très chers et en GoreTex. Je n'étais aussi jamais fatigué nerveusement. J'en avais juste marre de ne voir que de la pluie et de ne jamais jouir de la nature sous le soleil et ce bleu nordique du ciel que l'on ne rencontre nulle part ailleurs. Les suédois m'ont aussi confirmé que la route que j'avais choisie depuis Umeå pour traverser la Suède, le Cercle Polaire et la Riksgräns et rejoindre l'océan arctique glacial au littoral de la Norvège est très longue et très ennuyeuse. J'ai donc eu cette été uniquement un parcours de distance, et le peu de touristique qu'il y a sur la côte finlandaise depuis Oulu, je ne me suis pas donné le temps de le faire, ceci pour fuir la pluie et rattraper le beau temps vers le sud. Mais le trike a mis fin au voyage juste là où il commençait à être plaisant et heureux.

L'été prochain je reste bien dans le sud et je monte, je ne sais pas avec quel vélo, droit ou couché, la Suède jusqu'à Stockholm depuis Trelleborg en contournant le grand Lac Vättern. Ce sera du vrai cyclo-tourisme, et de toute façon, les suédois et les finlandais suédophones sont bien les plus drôles des nordiques.

Depuis une dizaine d'années je n'achète que mes eaux de toilette pour l'année à venir sur les ferries. Cette année ce sera "Dolce & Gabbana, the one gentleman". Mesdames de Strasbourg, mettez vous sur les rangs, d'autant plus que je ressemble plus à un Appolon de Laponie et que mon Büsch-Speck a presque totalement disparu.


IMAG05991263203079.jpgÇa ne se voit pas sur la photo, mais la Baltique est bien formée depuis Helsinki, les creux ont un pic de neuf mètres, mais vent et houle viennent de tribord avant si bien que le navire ne fait que de tanguer et de s'effondrer dans des creux. À chaque plouf on a l'impression d'avoir percuté un sous-marin par tribord. Au restaurant du bord, à chaque vague, les meubles chauffants à assiettes empilées sur ressorts font le même bruit éternel des lorries qui passent au-dessus des toits des corons des houillères de Lorraine ou dans le film "Perdition" que j'ai eu la chance de voir présenté par son réalisateur hongrois Bella Tàr à Wissembourg avant la Chute du Mur de Berlin. Dans ces meubles en inox les piles d'assiettes montent et descendent avec les mouvements du ferry. À cause de la tempête, ils ont fait une purée de pommes de terre qui fait ventouse avec l'assiette et qui est un bon socle pour maintenir debout la fourchette quand on se cramponne à la chaise. Les distributeurs à Kotzedoutes sont mis à côté des distributeurs à serviettes pour ceux qui sont disposés à abréger leur passage au restaurant. Les ascenseurs ont été arrêtés because of the wind, mais on est encore très loin de la tempête force 9 que j'ai eue cet "été" pour rejoindre les Îles Lofoten ou celle terrifiante que j'ai eue avec l'énorme ferry Norröna de la Smyril Line féringienne pour rejoindre en Hotchkiss de 1925 les Îles Féroé à partir de Thurso, Écosse il y a quelques années. À un allemand, qui comme tous les autres m'expliquait ce qu'il a payé (la même chose que moi pour manger à bord) et qui voulait avec x détails m'expliquer des choses de sa belle "Familie und so nij'wahr", j'ai dit: "mein Großvater segelte auch hier im Baltikum, mein Vater kreuzte auch hier, aber ich rate nicht unter welcher Hoheitsflagge. Der Großvater durfte gegen die Russen kämpfen, und der Vater mußte es". Il est devenu silencieux (mon grand-père a sillonné la Baltique à voile, mon père y a croisé. Mais je ne dis pas sous quel pavillon. Mon grand-père avait le droit de combattre les russes, et mon père le devait.) Les allemands sont toujours bruyants et tapageurs quand il sont inquiets de ne pas en avoir assez, ce qui est toujours incontournablement le cas. Ils se remplissent même leurs gourdes au restaurant aux distributeurs gratuits à jus de fruit, et comme ces gourdes vont mal sous les becs verseurs et le levier poussoir, ils s'en mettent plein les doigts et sur les chaussures. Ils mettent encore vite quelque petits gâteaux en poche en quittant le restaurant et en chantant comme mon grand-père germanophone il y a 50 ans des "dri-dra-dradraa" pour que l'on ne remarque pas ce qu'il font et que les Écritures leur commandent de ne pas faire. Ça montre l'âge des délinquants. Sur le upper-deck ils sont assis au milieu à l’abri du vent derrière les sas et blocs techniques, mais si on se met au bastingage pour voir par-dessus bord arriver en vedette orange le pilote portuaire, ils râlent car ils ne voient plus rien. Un français n'a aucune stratégie et est tapageur par bêtise et il ne sait jamais pourquoi, car sa communication est décousue et va en viroles dans tous les sens. Il veut être présent sur tous les plans, reste planté et ne s'en rend pas compte, mais il est content de lui car c'est son essentiel. Je constate depuis 3 ans que dans ces ferries il y a uniquement des graffitis en russe dans les toilettes. Les russes communiquent entre eux avec leurs talkie-walkie à travers tout le ferry. Ça donne de l'importance. IMAG0597-2089715019.jpg

À 15:00, le second jour de traversée depuis Helsinki, on mouille à Gdynia (Danzig, Pologne) et si vous me lisez maintenant en direct légèrement différé, c'est que j'ai catched a hotspot in the harbour car il n'y a pas de wifi et de e-Point à bord sur les vaisseaux de la Finnlines. Je ne suis pas encore mûr pour les Républiques Baltes à vélo, ce sera quand je serai plus vieux, mais c'est juste pour dire car je ne sais fichtrement rien de leur relief. Départ de Gdynia à 18:00, arrivée à Rostock le 9. VIII à 07:00, le troisième jour à bord.

Dans la rade de Danzig j'ai compté 24 "idle steamers", des vraquiers et des porte-conteneurs vides et restant sans commandes de fret à acheminer. Ils se reconnaissent de loin car ils sont clairsemés à quelques miles nautiques du port au large et ne bougent pas. De près ont voit qu'ils ont jeté l'ancre et des bulles viennent de la poupe car la consigne maritime ordonne de ne pas stopper les machines. Oui, oui, le Baltic Dry Index est au plus bas depuis janvier 2012 comme lors de ladite Crise en 2008. Dans le ferry il a au moins deux cent retraités, auxquels je me demande comment je pourrais une fois m'identifier, qui sont venus avec de chics motorhomes mais avec des habits C&A. C'est la fin d'une époque, car nos jeunes qui nous suivent n'auront plus les moyens pour s'habiller de tôles précieuses et de s'imaginer jouir du monde et de la planète. After the next winter we have to wait for the oncoming of a new era in which we shall have to enjoy life in another way. The backlash against the rich has now gone global. The economical system is not able to acquire a second political legitimacy. We have witnessed the sad flavours of gread and speculation, crony capitalism is out, sustainable green welfarestate will be in. Are you ready? Kommst Du mit? Nos p'tits jeunes n'y peuvent rien, c'est ce qu'ils croient être leur culture cardinale que de croître et de s'enrichir, et dès 1993 (je m'en souviens à cause de Windows 92 qui m'a permis d'informatiser mes cours) j'ai fait en allemand pour mes étudiants de Bac +2 à Bac +5 des cours d'économie et de management et de Droit de la Propriété Intellectuelle en allemand pour critiquer les Financial Derivative Produces, kurz "die Derivaten, um effizient und sicher das Vermögen zu vermehren" en IUT, dans les DESS, en Master 2, en Master Grande École et pour enseigner un management raisonné qui se donne un objectif social et écologique dans la création de biens et de services. Je n'étais pas visionnaire, j'avais juste raison. Il en était de même quand j'ai fait des cours pour critiquer la brevetabilité du vivant, pour critiquer le pillage systémique de la biopiraterie organisée par BASF, Bayer, Spitzer, Ricetech, Cyngenta, Monsanto... pour ce dernier qui avait aussi été le sponsor de la R&D nucléaire américaine et directement des bombes atomiques de Hiroshima et de Nagasaki. J'avais aussi donc enseigné pendant 11 ans en allemand au CEIPI, Strasbourg, en DESS le Privilège de l'agriculteur à réensemencer ses propres semences, ce qui lui est interdit avec les OGM que Bruxelles et l'Office Européen des Brevets de Munich laissent entrer en force sur nos terres et dans nos bouches. Et quand j'avais quitté le CEIPI pour aller dans l'IECS / EM-Strasbourg, la Grande École de Management, le Directeur du CEIPI m'avait dit: "allez donc vendre des saucisses". J'ai donc lutté pendant 25 ans dans ma carrière universitaire parallèle pour sensibiliser des ingénieurs-conseils en brevets d'invention et des décideurs économiques dans l'esprit de Sico Mansholt et du Club de Rome de la "Croissance Zéro". Évidemment j'ai perdu contre cette foison de jeunes néolibéraux qui vendent père et mère, qui font uniquement de leur vie une captation d'héritage et qui en profitent pour faire déshériter leurs semblables pour maximiser leur propre profit. Voilà, tout ceci a été mon expédition. J'ai fait ce que j'ai pu pour qu'elle soit belle. Couché dans mon vélo, je le lui ai dit. Il m'a envoyé la foudre à Oulu au camping. L'avenir me dira pour quoi faire. Il est 21:46 et nous rentrons dans les pays où la nuit s'annonce bien plus tôt à en croire les phares côtiers le long de la Pologne qui projettent leurs pépites qui m'appellent pour que je revienne, car je fais partie de ce côté de la planète.

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Commentaires

1. Le 9. août 2012, 12h59 par Michèle & Guy

Salut Thomas, Quelle aventure... et tu prévois déjà d'y retourner l'an prochain: bien courageux tout cela !
Partons demain pour les pays baltes... en avion. Bonne continuation et prends ton temps... il reste encore qq semaines de vacances

2. Le 9. août 2012, 13h32 par Thomas, le Cimbre

Merci à vous. Oui, les Républiques Baltes sont pour quand je serai plus vieux. On les a longées hier pour aller à Danzig. Attention une nouvelle vague de froid polaire a atteint Sankt Peterburg / Pietari et couvre presque toute la Finlande aujourd'hui. Bonnes vacances.

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