Le Vandalorum de Värnamo - Musée du Design et des artistes de Småland

 

On comprend bien que mes expéditions arctiques à vélo étaient une simple et seule conquête intérieure, le nez tourné vers les nuages, apportant l'ouvrage à la personnalité, mais handicapante à l'écart des réalisations de l'homme. Le moi avait pris la place du "noûs", à penser et à prononcer en grec.

Il ne faut de toute façon pas trop être arrangé pour effectuer 13.000 km tricotés en 6 étés sur le Cercle Polaire Arctique avec 2 fois le Cap Nord au bout des cycles, et même si le vecteur est flanqué sur une fuite ou une conquête à réaliser, il n'est jamais ni mensonge ni manoeuvre. Mais plus grande est l'échelle des aboutissements, plus grand est l'éloignement ou l'absence de chez mes contemporains. Je pense le mot "contemporain" en allemand "der Zeitgenosse" = l'appréciateur du temps, de celui qui est aussi apprécié par d'autres. Ainsi un expéditeur à vélo ou un stationnaire dans une ville ne sont pas à observer sur une échelle de valeurs. Chacun joue sa partie, celle qu'il peut. Avoir mal aux fesses à cause d'une selle de vélo qui meurtrit, ou avoir des escarres aux talons de la sédentarisation, sont de part ou d'autre des blessures de la vie, punkt och slut.

Pour être plus simple, suite à la sciatique et au découragement d'il y a 15 jours, j'ai renouė avec la contemporanéité grâce à l'automobile, une MG B de 1980, et avec Tripadvisor j'ai trouvé ce Vandalorum à 86 km au sud de Jönköping à Värnamo ( https://sv.m.wikipedia.org/wiki/Vandalorum ). C'est au milieu des champs. Avec le vélo je me serais arrêté le soir pour repartir tôt le matin dans les bois ou la toundra et je n'aurai juste pensé à rien, de jour en jour. Le vide boréal, une voute immatérielle sur du rien.

Depuis le Fagus-Werk du Bauhaus construit par Walter Gropius je ne cesse d'acquérir plein d'affiches pour mes étudiants en Design ou en Architecture. La Forme du Bauhaus avait exagéré en tentant de réaliser une mise en forme de l'homme tout en racontant qu'il veut l'émanciper et l'enrichir. Les artistes en ont voulu, mais pas les autres, même si en architecture le Modernisme en est toujours la norme. Un haut-de-forme flanqué sur nos têtes.

Je donnerai à ce voyage de vacances après mes promotions entre sapins et toundra le titre du "Retour à la forme". La nature n'a pas de forme, elle est. Ce n'est que notre langage qui lui attribue les variantes orthogonales. Ce retour permet de mieux apprécier la construction, et de toute façon comment tout ceci est tricoté par les signifiants et les signifiés, qui pour moi restent déjà jusqu'au moindre d'entre eux des prouesses. C'est partout une interlocution d'artiste, la forme et le mot qui l'entoure. Le langage est aussi un genre d'expédition arctique car, comme Sartre le pensait aussi, il ne restera jamais qu'une tentative superficielle de donner à nature et forme l'aspect qui nous ressemble le plus tout en lui restant étrange. Le designer Eero  Aarnio est qualifié en suédois de "homo ludens, den lekande människan / l'homme qui joue". Chacun joue sa partie qu'il peut >>> https://www.smalanningen.se/article/svens-oga-har-slutits/ .

Au petit déjeuner de ce matin j'étais assis pas loin d'un jeune suédois autiste. Ayant travaillé pendant 1 an avec des jeunes adultes autistes ou trisomiques, j'apprécie encore plus tout effort de langage, que j'observe du dedans comme du dehors, enfin telle est ma prétention. Donc toute forme de voyage ou de sédentarisation est un apprentissage sans réponse mais qui laisse des signes.

Une première exposition y est dédiée au designer finlandais Eero Aarnio né en 1932 et de réputation mondiale, sauf en France bien sûr ( https://eeroaarnio.com/ ). Il est l'inventeur du fauteuil en boule, le "Ball Chair / Kupla-tuoli / Åskbollen".

Une autre salle est dédiée aux peintres du comté du Småland, dont celles de Fredrik Lindqvist ( http://www.fredrik-lindqvist.com/ ) et d'autres.

Et ci dessous "Svenska Öga / L'Oeil de la Suède".

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Fil des commentaires de ce billet