Recherche

Votre recherche de fagus a donné 12 résultats.

27. juillet 2026

suite de ma 6ème traduction depuis le suédois >>> "Det sista konstverket" av Sofia Lundberg - "La dernière œuvre d'art" | Saison II


Fin du reportage sur la traduction le 15 juillet 2026  et  Fin des 3 dernières lectures SV/Fr et Fr le 26 juillet 2026 à 13h32
-   pour visualiser 
il faut absolument avoir un affichage Optimisé écran 1920 x 1080 taille réelle sans zoom sous Firefox  |     
Depuis le 1er janvier 2026 j'ai traduit 212 + 386 = 598 pages en deux romans.


C'est mon seul tableau où l'huile est appliquée en relief, il respire constamment à la lumière du temps, il a une horloge interne et un capteur de luminosité.
Il y a dans mon dernier tableau, au-dessus de la toge du pape Franziskus, la tête du rappeur Sofiane Pamart que j'ai prise dans son clip >>>  https://youtu.be/wNIV-KkhKUA?t=315

            innan barnuppgången på Nynäshamnsvägen - avant le lever de l'enfant sur la Route de Nynäshamn   ( huile, 2019-2026 )
                            Thomas konstnär, Fredrik Wretman skulptör, Sofiane Pamart pianist och rappsångare, påve Franciskus

 " innan barnuppgången på Nynäshamnsvägen
                          - avant le lever de l'enfant sur la Route de Nynäshamn
"

Hej,

le 15/XI/2019 je m'étais remis à peindre - après un arrêt des pinceaux depuis 1995 - à l'issue de mon expédition finlandaise et suédoise à vélo 
destinée à entamer ma retraite à 67 ans et essuyer mes larmes.

Un tableau que je n'ai terminé que aujourd'hui, le 30 mai 2026. Le silence des pinceaux était quotidiennement insupportable jusqu'à aujourd'hui. Un drame quotidien.

Une fois de plus je remets cette phrase-collier suédoise que j'avais apprise un jour ou l'autre au-dessus du Cercle Polaire au cours d'une de mes expéditions arctiques à vélo,
et que je répète si souvent dans mes multiples reportages >>>  
     Det finns ingen tillfällighet, det är bara ödet
          / il n'y a pas de hasard, ce n'est que le destin.

Dans les pays nordiques le ciel est bleu cobalt, à l'automne les forêts sont dorées,
il vaut mieux les parcourir à vélo pour en faire partie.

Ce tableau avait déjà commencé avec une histoire dense >>> innan barnuppgången på Nynäshamnsvägen - avant le lever de l'enfant sur la Route de Nynäshamn | Thomas konstnär, Fredrik Wretman skulptör, Sofiane Pamart pianist och rappsångare, påve Franciskus

Mais aujourd'hui l'histoire de ce tableau devient hallucinante.           clic >>>

J'ai donc enfin terminé ce tableau,
dans lequel le personnage central n'avait jamais trouvé ses nuances.
Je n'ai pas mis pour ceci comme d'habitude d'huile d'oeillette pour lisser.

Que je fasse aujourd'hui la mise en chrominance de ce personnage 
est encore moins un hasard, et encore plus une suite logique destinale.

Et ceci pour deux raisons:

  1. Le 6ème roman que je traduis en ce moment, que j'avais mis sous le coude, pour traduire mon 7ème roman suédois,
    et comme tous les autres que je n'ai pas choisis, et qui m'a été envoyé par un éditeur de Stockholm,
    s'appelle "det sista konstverket - la dernière œuvre d'art" ( voir Saison I )
  2. le personnage central est Hanna... une artiste suédoise dont la dernière expo internationale a eu lieu à Brooklyn. 
    Dès sa plus petite enfance, Hanna a été placée par la Protection de l'enfance dans une famille d'accueil, chez Ingrid et Victor, qui ont aussi accepté de recevoir 3 autres enfants.
    Ils ont des mamans droguées, incapables, violentes. Pour éviter de retourner dans sa famille, Hanna est exfiltrée à New York.
    John, lui, a été forcé de retourner chez sa mère. Hanna, artiste peintre, revient après sa majorité à Stockholm pour y faire une exposition.

Alors en traduisant le chapitre 39, ce matin, la tragédie de John m'a aidé à reprendre mes pinceaux
pour libérer de mon tableau le personnage central en filigrane et lui céder voie et caractère.
Et justement mon tableau montre au milieu de la route de Nynäshamn, 
en automne aux bouleaux dorés (prise à vélo en 2019 au sud de Stockholm), un enfant couché. 
Mais j'avais transformé le bitume en rivière, 
et le gamin vert à droite fait bitsche-bastchele dans l'eau avec sa main, 
et on ne saura jamais s'il aura réussi à sauver l'autre enfant hors du flot ou s'il va se noyer.

Donc je l'apprendrai dans les chapitres suivant de ma traduction

Bien à vous

Tåmas

ps: Pour la petite histoire, juste après le virage à gauche, un chevreuil était passé devant mon vélo le 15-10-2019 à 15h06.

Il y a dans mon sista konstverket, au-dessus de la toge du pape Franciskus,
la tête du rappeur Sofiane Pamart que j'ai prise dans son clip >>>  https://youtu.be/wNIV-KkhKUA?t=315
Sofiane Pamart est aussi 1er prix du Conservatoire de Lille, piano, et quand il donne des concerts juste au piano il a son turban de touareg.

------------------------------------------------------------------------

J'avais laissé en suspens la traduction de ce 6ème roman "Det sista konstverket" de Sofia Lundberg
pour traduire entre temps mon 7ème roman suédois "Din vilja sitter i skogen" de Mattias Timander

et voici le chapitre 39 du roman, page 147 à 149 >>>

John sov i baksätet, han var inlindad i den rutiga filten som alltid låg där som skydd för lädersätet. Hans ansikte var blekt, ögonen svullna av sömnbrist. Han var bara elva år, men så redan gammal och trött ut. Den lilla kroppen skumpade hit och dit när Ingrid svängde av vägen och körde in genom allé av svarta snötäckta lindar. Han gnydde svagt, började vakna till. Det stora huset var fortfarande upplyst, nästan alla fönster strålade som fyrkanter av guld i mörkret. Hon såg människor röra sig där inne. De var vakna, trots att julafton sedan länge hade övergått till juldagen.
Victor stod ute på gårdsplanen och väntade, i sin stora tjocka duffel. Det såg ut som att han hade stått där länge, han hade frost i skägget, kinderna var rödmosiga. Han gick bilen till mötes, öppnade dörren och lutade sig in över hennes axel. Betraktade den sovande pojken i baksätet.
     ”Vad har du gjort? Har du tagit honom?” mumlade han och kysste henne lätt på pannan.
     John plirade yrvaket. När han förstod vem det var som stod där satte han sig tvärt upp och gnuggade ögonen.
     ”Hej vännen, välkommen hem”, sa Victor och sträckte fram armarna mot honom. John tvekade för en sekund, men sedan kastade han sig fram och tog emot omfamningen. Snyftade med ansiktet tryckt mot Victors axel.
     Han hade inga skor på sig. De vita tubsockarna hade glidit fram och en lång bit hängde över tån. Victor försökte lyfta upp honom, men han ville inte bli buren. Han släppte Victors hand och sprang rakt över snön i strumplästen, och upp på verandan. Han försvann in genom dörren. Ingrid såg Hanna stå där och ta emot honom, de kramades, länge, verkade aldrig vilja släppa taget.

John dormait sur la banquette arrière, enveloppé dans la couverture à carreaux qui s'y trouvait toujours pour protéger les sièges en cuir. Son visage était pâle, ses yeux gonflés par le manque de sommeil. Il n'avait que onze ans, mais il avait déjà l'air si vieux et si fatigué. Son petit corps était secoué dans tous les sens quand Ingrid quitta la route et s’engagea dans l’allée bordée de tilleuls noirs recouverts de neige. Il gémit faiblement, commençant à se réveiller. La grande maison était toujours éclairée, presque toutes les fenêtres brillaient dans l’obscurité comme des carrés d’or. Elle vit des gens s’agiter à l’intérieur. Ils étaient réveillés, bien que le réveillon de Noël fût depuis longtemps passé et que le jour de Noël ait commencé.
     Victor attendait dehors dans la cour, vêtu de son gros duffle-coat épais. On aurait dit qu’il était là depuis longtemps : il avait du givre dans la barbe, les joues rougies par le froid. Il vint à la rencontre de la voiture, ouvrit la portière et se pencha par-dessus son épaule. Il regarda le petit garçon endormi sur la banquette arrière.
     « Qu’est-ce que tu as fait ? Tu l’as pris ? » murmura-t-il en l’embrassant légèrement sur le front.
     John cligna des yeux, encore endormi. Lorsqu’il comprit qui se tenait là, il se redressa d’un coup et se frotta les yeux.
     « Hej, salut mon ami, bienvenue à la maison », dit Victor en lui tendant les bras. John hésita une seconde, puis se jeta en avant et accepta l’étreinte. Il sanglota, le visage pressé contre l’épaule de Victor.
Il n’avait pas de chaussures. Ses chaussettes blanches avaient glissé et pendaient largement au-dessus de ses orteils. Victor essaya de le soulever, mais il ne voulait pas être porté. Il lâcha la main de Victor et courut à travers la neige, en chaussettes, jusqu’à la véranda. Il disparut derrière la porte. Ingrid vit Hanna qui l’attendait pour l’accueillir, ils se serrèrent longuement dans les bras, comme s’ils ne voulaient plus jamais se lâcher.

     ”Var hon verkligen okej med att du tog honom, mamman?” frågade Victor oroligt.
     ”Jag frågade inte”, svarade Ingrid kort och vände honom ryggen. Hon gick mot dörren men Victor sprang efter och stoppade henne, grep tag i hennes axel.
     ”Vad menar du? Tog du honom bara?”
     ”Ja.”
     ”Du är inte klok. Du kommer att få fängelse.”
     ”Du skulle sett hur det såg ut”, fräste Ingrid med tårarna brännande i ögonen. Hon krånglade sig loss från hans grepp och öppnade dörren in till värmen. ”Om det är någon som ska få fängelse så är det hon. Den så kallade mamman. Han har det bättre hos oss.”
     ”Du kan inte… det kommer att bli… det är någon annans barn, Ingrid.”
     ”Äh, håll tyst nu. Det är inte blodsbandet som avgör vems barn det är, det är kärleken. Jag var tvungen att rädda honom, det förstår du väl”, sa hon. ”Och nu måste vi ge John en riktig jul. Gå in och lägg upp lite mat till honom på en tallrik, fint, så att det ser festligt ut. Jag ska se om jag kan hitta någonting som vi kan slå in, så att han får paket.”

     « Est-ce qu’elle était vraiment d’accord pour que tu l’emmènes, la maman ? » demanda Victor, inquiet.
     « Je ne le lui ai pas demandé », répondit Ingrid laconiquement en lui tournant le dos. Elle se dirigea vers la porte, mais Victor courut après elle et l’arrêta en lui saisissant l’épaule.
     « Comment ça ? Tu l’as emmené, juste comme ça ? »
     « Oui. »
     « Tu es complètement mahboul. Tu vas finir en prison. »
     « Tu aurais dû voir comment c’était là-bas », siffla Ingrid, les larmes lui brûlant les yeux. Elle se dégagea de son étreinte et ouvrit la porte pour entrer dans le chaud. « Si quelqu’un doit aller en prison, c’est bien elle. Cette soi-disant mère. Il est mieux avec nous. »
     « Tu ne peux pas… ça va être… c’est l’enfant de quelqu’un d’autre, Ingrid. »
     « Oh, tais-toi maintenant. Ce n’est pas le lien du sang qui détermine à qui appartient l’enfant, c’est l’amour. Je devais le sauver, tu comprends bien ça », dit-elle. « Et maintenant, il faut qu’on offre à John un vrai Noël. Va lui mettre un peu de nourriture dans une assiette, joliment, pour que ça ait l’air festif. Je vais voir si je trouve quelque chose à emballer, pour qu’il ait un cadeau. »

     ”Först måste vi väl ringa polisen och tala om att han är här. Du kommer råka illa ut annars. Jag reser i väg på inspelning nästa vecka, det vet du. Hanna behöver dig, Grace behöver dig. Du kan inte riskera deras trygghet.”
     ”John behöver mig också.”
     ”Det blir bättre för dig om du ringer och berättar vad som har hänt.”
     ”Bättre för mig?”
     ”Ja.”
     ”Polisen måste väl ändå förstå att det här inte handlar om mig. Jag hittade en liten pojke, bara elva år gammal, i en lägenhet som såg ut som en knarkarkvart. Med halvnakna sovande människor och flaskor överallt.”
     ”Var det så illa?”
     ”Ja, det var det.”
     ”Jag tycker ändå att vi ska ringa.”
     ”Nej. Polisen får säga vad de vill. John rymde, för att det var för jävligt där han var. Jag hjälpte honom bara lite. De kommer inte börja leta i dag, det är jul.” Dessutom kommer det att ta ett tag innan de upptäcker att han är borta. Tro mig.” 
     
Victor gnuggade skägget med ena handen, andedräkten steg som ett vitt moln framför hans ansikte. Han huttrade till och drog upp dörren. Ingrid trängde sig förbi honom och sprang upp för trappan. Upp till sovrummet och garderoben där hon hade gömt barnböcker och leksaker som hon köpt på rean. Men hon kom aldrig så långt, för i sängen låg John. Han hade lagt sig ovanpå täcket på hennes sida, med kläderna på. Han hade redan somnat. Hopkrupen till en liten boll. Hon lade sig sked bakom honom, strök honom över håret. Pannan var varm, fuktig. Han hade feber. Nu kom gråten, hon kunde inte hålla den inne längre. Tårarna rann ner för hennes kinder.
     ”Älskade unge”, viskade hon.
     Hanna gläntade på dörren, hon hade lindat sitt täcke runt kroppen och hon så yrvaken ut.
     ”Få jag också sova här?” frågade hon och kröp upp och lade sig på andra sidan om John, utan att vänta på svar.

     « Il faut d’abord appeler la police et leur dire qu’il est là. Sinon, tu vas avoir des ennuis. Je pars en tournage la semaine prochaine, tu le sais bien. Hanna a besoin de toi, Grace a besoin de toi. Tu ne peux pas mettre leur sécurité en danger. »
     « John a aussi besoin de moi. »
     « Tu t’en sortiras mieux si tu appelles pour expliquer ce qui s’est passé. »
     « Mieux pour moi ? »
     « Oui. »
     « La police doit bien comprendre que ça ne me concerne pas. J’ai trouvé un petit garçon, âgé de seulement onze ans, dans un appartement qui ressemblait à un repaire de drogués. Avec des gens à moitié nus endormis et des bouteilles partout. »
     « C’était si grave que ça ? »
     « Oui, ça l’était. »
     « Je pense quand même qu’on devrait appeler. »
     « Non. La police n’a qu’à dire ce qu’elle veut. John s’est enfui parce que c’était trop horrible là où il était. Je l’ai juste aidé un peu. Ils ne vont pas commencer à le chercher aujourd’hui, c’est Noël. » En plus, ça va prendre un moment avant qu’ils se rendent compte qu’il a disparu. Crois-moi. »
     Victor se frotta la barbe d'une main, son souffle formant un nuage blanc devant son visage. Il frissonna et ouvrit la porte. Ingrid se faufila devant lui et monta directement les escaliers. Vers la chambre et le dressing où elle avait caché les livres pour enfants et les jouets qu’elle avait achetés en solde. Mais elle n’alla pas aussi loin, car John était allongé dans le lit. Il s’était couché sur le côté à elle du lit, au-dessus de la couette, tout habillé. Il s’était déjà endormi. Recroquevillé en une petite boule. Elle se glissa derrière lui, lui caressa les cheveux. Son front était chaud, moite. Il avait de la fièvre. Les larmes lui montèrent alors aux yeux, elle ne pouvait plus les retenir. Elles coulaient sur ses joues.
     « Enfant bien-aimé », murmura-t-elle.
     Hanna entrouvrit la porte, elle avait enroulé sa couverture autour de son corps et semblait encore à moitié endormie.
     « Je peux aussi dormir ici ? » demanda-t-elle avant de se glisser de l’autre côté de John, sans attendre de réponse.

                                             clic ^^^

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

le chapitre 48 du roman, page 177 à 180 >>>                   ( photos prises à Stockholm, octobre 2019 )

Victor hade precis kommit efter en resa. Han ställde väskan mitt på köksbordet, och ur den plockade han upp godispåsar, flera stycken. Han tog fram några idolkort också, och delade ut dem till John, Hanna och Erik. Det var bilder på skådespelare, deras autografer var skrivna med svarta spritpennor. Hanna tryckte sin mot hjärtat.
     ”Hur var han? Var han snäll?” frågade hon.
     ”Han bar okej, lite svår”, sa Viktor och räckte en godisklubba till Grace.
     Ingrid var snabbt där och tog den ur hennes hand. Flickan skrek gällt, munnen gapade som på en fågelunge.
     ”Hon är för liten, hon kan sätta den i halsen”, klagade Ingrid och rev upp en påse med geléhallon i stället. Hon knipsade av små bitar och lade dem på bordet framför flickan.
     ”Här, det är lika gott”, sa hon. Men flickan vägrade, hon grät och pekade på klubban, sträckte sina knubbiga små armar efter den. Hanna var snabbt där, hon tog upp en godisbit från bordet och tvingade in den hennes mun. Då tystnade hon och smackade ljudligt.
     Erik stod lutad mot dörrkanten och tittade på dem. Han var klädd i blå arbetsbyxor med hängslen, och bar överkropp. Smuts och svett glänste på hans vitprickiga armar. Han hade precis målat det sista på punschverandan stuckatur. Victor räckte fram godispåsen mot honom.

Victor venait tout juste de rentrer d'un voyage. Il posa son sac au milieu de la table de la cuisine et en sortit plusieurs sachets de friandises. Il en sortit aussi quelques cartes de stars et les distribua à John, Hanna et Erik. C'étaient des photos d'acteurs, sur lesquelles leurs autographes étaient écrits au feutre noir. Hanna serra la sienne contre son cœur.
     « Comment était-il ? Était-il gentil ? » demanda-t-elle.
     « Il était okej, un peu lourd », répondit Viktor en tendant une sucette à Grace.
     Ingrid s’empressa de la lui prendre des mains. La fillette poussa un cri strident, la bouche grande ouverte comme celle d’un oisillon.
     « Elle est trop petite, elle pourrait la mettre au fond de la gorge », se plaignit Ingrid en ouvrant à la place un sachet de boulles de gomme à la framboise. Elle en coupa de petits morceaux et les posa sur la table devant la fillette.
     « Tiens, c’est tout aussi bon », dit-elle. Mais la petite fille refusa, elle pleura et montra la sucette, tendant ses petits bras potelés vers elle. Hanna fut vite là, elle prit un bonbon sur la table et le lui enfonça dans la bouche. Elle se tut alors et se mit à mâcher bruyamment.
     Erik était appuyé contre le cadre de la porte et les regardait. Il portait un pantalon de travail bleu à bretelles et avait le torse nu. La saleté et la sueur brillaient sur ses bras tachetés de blanc. Il venait de terminer de peindre les dernières touches sur les moulures de la véranda. Victor lui tendit le sachet de bonbons.

”Ta hela påsen, det är du värd. Du jobbar så hårt hela dagarna”, sa han.
     ”Det är bara roligt att ha någonting att göra. Jag spolade ur växthuset också, i förmiddags”, sa Erik och stoppade en hel näve godis i munnen. Det söta sockret smälte, fick det att vattnas. Han tog ytterligare några. ”Mm, jag var hungrig.”
     ”Du ska få en slant, för allt jobb. Jag hinner aldrig med själv, jag förstår inte hur vi ska klara oss när du åker till skolan.”
     ”Usch, det vill vi inte tänka på nu”, sa Ingrid. Hon höll i en skål med djupröda tomater i olika storlekar.
     ”Hanna och John har skördat i dag. Nu börjar de mogna. Vi kommer få äta tomater hela sommaren.”
     ”Ni borde sälja inte”, sa Erik. ”Hela växthuset är ja ju fullt. Öppna en butik.”
     ”Butik”, sa Victor och rynkade pannan. ”Det var inte det som var meningen.”
     ”Det var det väl. Du skulle bli bonde, minns du Inte? Det var därför du byggde växthuset”, skrattade Ingrid.
     ”Bonde? Du är väl filmregissör?” frågade Erik. 
     ”Ja, det är han”, sa Ingrid. ”Men han har sådan väldig ångest ibland, först9r du, och då ska han alltid byta jobb.”
     Victor rev ner väskan från bordet.
     ”Jaja, retas ni, ni har väl inget bättre för er”, muttrade han och välde ut en tomat från skålen. Han tog en stor tugga. ”Det är väl bara bra, ibland leder det till något gott i alla fall.”
     ”Jag menar allvar”, sa Erik. ”En liten gårdsbutik. Ni kan sälja era tavlor där också, de är fantastiska.
     Hanna tittade osäkert på Ingrid.
     ”Har du visat honom?” sa hon generat, kinden blev röda.
     Hon sneglade ut genom fönstret, mot ateljén som var inrymd i den gula förrådsbyggnaden bakom växthuset. Dörren stod på glänt, Erik hade stängt den så slarvigt att den måste han glidit upp igen. Det var inte Ingrid som hade öppnat den åt honom, han hade hittat nyckeln när han städade. Där inne, mot de råa träväggarna, stod dukarna lutade och rullade. Han hade inte kunnat motstå att bläddra igenom några av dem.

     « Prends tout le sachet, tu le mérites. Tu travailles si dur toute la journée », dit-il.
     « Ça me fait plaisir d’avoir quelque chose à faire. J’ai aussi nettoyé la serre ce matin », dit Erik en enfournant une poignée de bonbons dans sa bouche. Le sucre fondant lui mettait l’eau à la bouche. Il en prit encore quelques-uns. « Mmm, j’avais faim. »
     « Tu vas recevoir un peu de sous pour tout ce travail. Je n’ai jamais le temps de m’en occuper moi-même, je ne sais pas comment on va s’en sortir quand tu iras à l’école. »
     « Usch ! On ne veut pas y penser pour l’instant », dit Ingrid. Elle tenait un saladier rempli de tomates d’un rouge profond, de différentes tailles.
     « Hanna et John les ont récoltées aujourd’hui. Elles commencent à mûrir. On va manger des tomates tout l’été. »
     « Vous devriez les vendre », dit Erik. « La serre est pleine à craquer. Ouvrez une boutique. »
     « Une boutique », dit Victor en fronçant les sourcils. « Ce n’était pas le but. »
     « C'était bien ça. Tu devais devenir agriculteur, tu ne te souviens pas ? C'est pour ça que tu as construit la serre », rit Ingrid.
     « Agriculteur ? Tu es bien réalisateur de cinéma ? » demanda Erik. 
     « Oui, il l’est », dit Ingrid. « Mais il est parfois tellement angoissé, tu comprends, et dans ce cas, il veut toujours changer de métier. »
     Victor attrapa son sac sur la table.
     « C’est bon, c’est bon, vous vous moquez, vous n’avez rien de mieux à faire », marmonna-t-il en sortant une tomate du saladier. Il en prit une grosse bouchée. « C’est peut-être mieux ainsi, parfois ça mène à quelque chose de bon, après tout. »
     « Je suis sérieux », dit Erik. « Une petite boutique à la ferme. Vous pourrez y vendre vos tableaux aussi, ils sont fantastiques.
     Hanna jeta un regard hésitant à Ingrid.
     « Tu les lui as montrés ? » dit-elle, gênée, les joues rougissantes.
     Elle jeta un coup d’œil par la fenêtre, vers l’atelier installé dans l’entrepôt jaune derrière la serre. La porte était entrouverte, Erik l’avait fermée si négligemment qu’elle avait dû se rouvrir toute seule. Ce n’était pas Ingrid qui la lui avait ouverte, il avait trouvé la clé en faisant le ménage. À l’intérieur, contre les murs en bois brut, les toiles étaient appuyées contre le mur, enroulées. Il n’avait pas pu s’empêcher d’en dérouler quelques-unes.

     ”Jag var nyfiken, så jag tog mig in själv. Vem av er har målat av mig?” frågade han. ”För det var väl jag som satt där, under äppelträdet?”
     Hanna rusade i väg utan att säga någonting, Erik gick fram till fönstret och följde henne med blicken. Hon tog stigen ner mot ateljén, slet upp dörren på vid gavel och försvann in. Hon var mest där, hela dagarna. Gömde sig för världen och släppte inte in någon. Han hade försökt knacka på många gånger, men hon kom alltid ut, släppte aldrig in. Och nu var hon arg på honom för att han hade gått in ändå.
     Han undrade hur länge det skulle hålla i sig.
     ”Gissa vem”, sa Ingrid och kom fram bakom hans rygg, hon skrattade till. ”Visst är hon duktig. Hon är bara tretton år, det är otroligt egentligen, vilken teknik hon har.”
     ”Ja, är det du som har lärt henne?”
     ”Vi målar tillsammans lite då och då, när jag får en stund över. Men mest är hon där inne själv, hon har det i sig naturligt, det är som om bilderna finns där inom henne. Och hon vet precis hur hon ska få ut dem. Kom, vi går ner till henne. Så ska du få se allt.”
     Det dunkade och smällde där inne, det hördes på långt håll. När Erik öppnade dörren hade Hanna redan slitit bort flera dukar från ramarna och rullat ihop dem. Hon stuvade undan dem i en låda där det redan låg rullar, tryckte ner dem längst in. 
     ”Vad gör du?” frågade Erik och plockade upp de tomma ramarna. ”Finns det ännu fler på mig?”
     Hannas röda kinder skvallrade om att det var så, trots att hon undvek att svara på hans fråga.
     ”Jag vill i alla fall köpa den där jag sitter under äppelträdet. Den var fantastiskt. Jag bjuder… tio kronor.”
     ”Den är inte att salu”, muttrade Hanna.

     « J’étais curieux, alors je suis entré de moi-même. Qui d’entre vous m’a peint ? » demanda-t-il. « Car c’était bien moi qui étais assis là, sous le pommier, n’est-ce pas ? »
     Hanna s’enfuit sans dire un mot, Erik s’approcha de la fenêtre et la suivit du regard. Elle emprunta le sentier qui descendait vers l’atelier, ouvrit la porte en grand et disparut à l’intérieur. Elle passait la plupart de son temps là-bas, toute la journée. Elle se cachait du monde et ne laissait entrer personne. Il avait essayé de frapper à la porte à plusieurs reprises, mais elle sortait toujours, sans jamais le laisser entrer. Et maintenant, elle lui en voulait d’être entré quand même. Il se demandait combien de temps cela allait durer.
     « Devine qui c’est », dit Ingrid en surgissant derrière lui, elle eut un petit rire. « Elle est douée, n’est-ce pas ? Elle n’a que treize ans, c’est incroyable en fait, la technique qu’elle a. »
     « Oui, c’est toi qui lui as appris ? »
     « On peint ensemble de temps en temps, quand j’ai un moment de libre. Mais la plupart du temps, elle est là-dedans toute seule, elle a ça en elle de façon innée, c’est comme si les images étaient là, en elle. Et elle sait exactement comment les faire sortir. Viens, on descend la voir. Comme ça tu pourras tout voir. »
     Ça martelait et ça claquait là-dedans, on l’entendait de loin. Quand Erik ouvrit la porte, Hanna avait déjà arraché plusieurs toiles de leurs châssis et les avait enroulées. Elle les rangea dans une boîte où se trouvaient déjà des rouleaux, en les enfonçant au fond. 
     « Qu’est-ce que tu fais ? » demanda Erik en ramassant les châssis vides. « Y en a-t-il encore d’autres avec moi ? »
     Les joues rouges d’Hanna trahissaient la vérité, même si elle évitait de répondre à sa question.
     « En tout cas, je veux acheter celle où je suis assis sous le pommier. Elle était fantastique. J’en offre… dix couronnes. »
     « Elle n’est pas à vendre », marmonna Hanna.

     ”Kom igen, snälla. Du kan bli rik på det här, pyret. Du har talang”, sa Erik och hukade sig lite för att komma i ögonhöjd med henne. Hon mötte blygt hans blick, men slog snabbt undan den igen och fortsatte med det hon höll på med. Det var så svart att komma nära henne, det var som om hon var omsluten av en osynlig bubbla.
     Ingrid vecklade ut ett staffli och ställde det mitt i rummet, hon räckte fram en palett till Erik, och en pensel.
     ”Prova lite också. Du kan väl försöka måla av Hanna”, sa Ingrid.
     Erik borstade händerna mot varandra, den intorkade leran blev till ett dammoln, han var svart under naglarna.
     ”Hanna. Oj, jag som knappt kan måla en streckgubbe”, sa han och greppade penseln.
     ”Vilka färger vil du ha?” frågade Ingrid.
     ”Röd” sa han.
     ”Röd, bara röd, det var ett konstigt val. Du ska väl måla någonting ordentligt?”
     Ingrid ställde upp en bit ojämnt skuren kartong på staffliet.
     ”Du få riktig canvas när du blir mer va”, förklarade hon. 
     Han nickade. Doppade penseln i den röda färgklicken, jobbade in den ordentligt. Sedan målade han ett stort hjärta, med ben och armar och krulligt hår som stod åt alla håll. Han tog ett steg tillbaka.
     ”Så där”, sa han nöjt. ”Det skulle kunna vara vem som helst av er två, när jag tänker efter.”

     « Allez, s'il te plaît. Tu pourrais devenir riche avec ça, ma petite. Tu as du talent », dit Erik en s'accroupissant légèrement pour se mettre à la hauteur de ses yeux. Elle croisa timidement son regard, mais le détourna rapidement pour reprendre ce qu'elle était en train de faire. C'était tellement difficile de s'approcher d'elle, c'était comme si elle était enfermée dans une bulle invisible.
     Ingrid déplia un chevalet et le plaça au milieu de la pièce, elle tendit une palette à Erik, ainsi qu’un pinceau.
     « Essaie un peu toi aussi. Tu pourrais essayer de peindre Hanna », dit Ingrid.
     Erik frotta ses mains l’une contre l’autre, la boue séchée se transforma en un nuage de poussière, il était noir sous les ongles. 
     « Hanna. Oh là là, moi qui sais à peine dessiner un bonhomme-allumette », dit-il en saisissant le pinceau.
     « Quelles couleurs veux-tu ? » demanda Ingrid.
     « Rouge », répondit-il.
     « Du rouge, juste du rouge, c’était un choix bizarre. Tu vas bien peindre quelque chose de correct ? »
     Ingrid posa sur le chevalet un morceau de carton découpé de manière irrégulière.
     « Tu auras une vraie toile quand tu seras plus grand », expliqua-t-elle. 
     Il acquiesça. Il appliqua le pinceau dans la boulle de peinture rouge sortie du tube, l’étala soigneusement. Puis il peignit un grand cœur, avec des jambes, des bras et des cheveux bouclés qui partaient dans tous les sens. Il fit un pas en arrière.
     « Voilà », dit-il, satisfait. « Ça pourrait être n’importe laquelle de vous deux, quand j’y pense vraiment. »

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------


le chapitre 55 du roman, page 197 à 200 >>>   
                   ( photos:    Cristal de Bertil Vallien, Fästning, Dolda trappor - Fortersse, Escaliers dissimulés et autoportrait de August Strindberg) 

Moderna museet, 20 september 2022    Musée d’art moderne, 20 septembre 2022     

Snarkningarna stiger upp ur Johns hals. Väser, bubblar, kluckar. Hanna låter sig inte generas, men reportern som sitter på stolen mittemot flackar obekvämt med blicken, vet inte vad hon ska säga. 
     ”Tiden går”, påminner Hanna otåligt.
     ”Ja, just. Vad var det nu vi pratade om?” säger reportern och tar upp blocket som vilar i knäet, bläddrar i det.
     Hanna grimaserar uttråkat, lutar huvudet åt sidan,
     ”Ja du, det vet inte jag. Det är du som är journalisten, du som ställer frågorna.”
     ”Just…”
     Hann tycker nästan synd mot henne. Hon ser så förvirrad ut bakom blocket som döljer halva hennes ansikte. Alla som hon möter är förvirrade, ingen vet vad de ska säga, fråga. Och själv vet hon inte riktigt vad hon ska svara. Kanske har John rätt, kanske borde de inte ha gömt undan alla tavlorna. Kanske borde hon prata om Sara i nästa paus, be henne hänga upp dem igen. Det känns elakt att driva med dem.
     ”Trivs du här, i Sverige?” säger reportern till slut och tittar upp över kanten på de mörka glasögonen.
     ”Ja, visst. Det är fint här.”
     ”Du…”
     Handen darrar lite när hon lyfter pennan, Hanna noterar att hon försöker dölja det. Läpparna är torra. Hon är uppenbart stressad.

Les ronflements remontent du fond de la gorge de John et s'échappent. Des sifflements, des gargouillements, des glouglous. Hanna ne se laisse pas déconcerter, mais la journaliste assise sur la chaise en face d'elle jette dans tous les sens des regards gênés, ne sachant pas quoi dire.
     « Le temps passe », rappelle Hanna avec impatience.
     « Oui, c’est vrai. De quoi parlions-nous au juste ? », dit la journaliste en prenant le bloc-notes posé sur ses genoux et en le feuilletant.
     Hanna grimace d’ennui, penche la tête sur le côté,
     « Eh bien, je ne sais pas. C’est toi la journaliste, c’est toi qui poses les questions. »
     « Exactement… »
     Hanna a presque pitié d’elle. Elle a l’air tellement perturbée derrière ce bloc-notes qui dissimule la moitié de son visage. Tous ceux qu’elle rencontre sont déconcertés, personne ne sait quoi dire, quoi demander. Et elle-même ne sait pas vraiment quoi répondre. Peut-être que John a raison, peut-être qu’ils n’auraient pas dû cacher tous les tableaux. Peut-être qu’elle devrait parler à Sara à la prochaine pause, lui demander de les raccrocher. Ça lui semble odieux de se moquer d’eux.
     « Ça te plait ici, en Suède ? » demande finalement la journaliste en levant les yeux par-dessus le rebord de ses lunettes noires.
    « Oui, bien sûr. C’est agréable ici. »
     « Tu… »
     La main tremble légèrement lorsqu’elle soulève son stylo, Hanna remarque qu’elle essaie de le dissimuler. Ses lèvres sont sèches. Elle est visiblement stressée.

     ”Vad har du för anknytning till Sverige?”
     Hanna vrider blicken mot John, han sover fortfarande. Ögonlocken är röda och fnasiga, torra. En tår blänker i ögonvrån.
     ”Jag har varit här under en period, arbetat här.”
     ”Jag förstår. Och så har du släkt här, eller hur? Det nämnde du i en intervju för några år sedan.”
     Hanna lutar sig fram lite, vilar handen på knäet och hänger fram över axeln. 
     ”Gjorde jag? Men varför vil du prata om det?” frågar hon. 
     ”Det är bara… Jag känner honom, John, jag har träffat honom på Stadsmissionen flera gånger”, säger hon och nickar mot den sovande mannen.
     ”Jaha, gör du. Han är en gammal vän till mig.”
     ”Hemlös?”
 
   ”Nej, det skulle jag inte säga. Inte längre i alla fall.”
     Hanna reser sig upp ur stolen, går otåligt några steg, fram och tillbaka över golvet.
     ”Men nu var det väl ändå konsten vi skulle prata om. Har du inga frågor om den?”
     ”Det är lite svårt, jag var så oförberedd på…”
     ”På vad?”
     ”Ja, den här utställningen var så annorlunda, bara en möbel och lite bråte… Dina tavlor är inte där, dina statyer är inte där. Vet du inte det?”
     ”Jo.”
     ”Så var är den riktiga konsten?”
     ”Riktiga? Du såg väl mitt nya konstverk där ute, byrån. Eller kom du för sent till avtäckningen?”
     ”Nej då, jag var där. Men det är ju inte riktigt…”
     ”Inte riktigt, vad?”
     ”Det jag hade förväntat mig att få se. Det är inte konst i din klass… det där är någonting helt annat. Jag har sett dina tavlor förut, de är magnifika. Det är de jag vill se, de jag vill ställa frågor om.”

     « Quel est ton lien avec la Suède ? »
     Hanna tourne son regard vers John, qui dort toujours. Ses paupières sont rouges et cernées, desséchées. Une larme brille au coin de son œil.
     « J’ai passé quelque temps ici, j’ai travaillé ici. »
     « Je vois. Et tu as de la famille ici, n’est-ce pas ? Tu l’avais mentionné dans une interview il y a quelques années. »
     Hanna se penche légèrement en avant, pose sa main sur son genou et se penche par-dessus son épaule. 
     « Vraiment ? Mais pourquoi veux-tu en parler ? » demande-t-elle. 
     « C’est juste que… Je le connais, John, je l’ai rencontré plusieurs fois au Refuge pour sans-abris  », dit-elle en faisant un signe de tête vers l’homme endormi.
     « Ah bon ? C’est un vieil ami à moi. »
     « Sans-abri ? »
     « Non, je ne dirais pas ça. En tout cas, plus maintenant. »
     Hanna se lève de sa chaise, fait quelques pas avec impatience, va et vient sur le parquet.
     « Mais bon, c’était quand même de l’art dont on devait parler. Tu n’as pas de questions à ce sujet ? »
     « C’est un peu difficile, je n’étais pas du tout préparée à… »
     « À quoi ? »
     « Eh bien, cette exposition était tellement différente, juste un meuble et quelques bric-à-brac… Tes tableaux ne sont pas là, tes statues ne sont pas là. Tu ne le sais pas ? »
     « Si. »
     « Alors où est le vrai art ? »
     « Le vrai ? Tu as bien vu ma nouvelle œuvre d’art là-bas, la commode. Ou tu es arrivée en retard au vernissage ? »
     « Non, j’étais là. Mais ce n’est pas vraiment… »
     « Pas vraiment quoi ? »
     « Ce à quoi je m’attendais. Ce n’est pas de l’art de ta classe… c’est tout autre chose. J’ai déjà vu tes tableaux, ils sont magnifiques. C’est eux que je veux voir, c’est sur eux que je veux poser des questions. »

     ”Jaha, det säger du. Mm, jag förstår att det kan kännas besvärligt nu när du måste tänka själv?” Hanna ler roat.
     ”Vad menar du?”
     ”När jag avviker från det förväntade, från manualen.”
”     Jo… eller… Jag är oförberedd bara, vet inte vad jag tycker.”
     ”Känns det jobbigt? Ja, tänk om någon annan skriver positivt om konstverket. Ser dess storhet… och så sitter du här, med exklusiv intervjutid och allt, och förstår ingenting, ser bara en hög med bråte, har missat hela poängen.”
     ”Du kanske kan vägleda mig lite? Berätta lite mer om hur du har tänkt?”
     Hanna vänder upp telefonen för att titta på klockan, sedan reser hon sig utan att svara och går mot dörren. Hon rycker upp den och pekar mot utgången med hela handen.
     ”Jag är ledsen, tiden är slut nu”, säger hon och ler artigt.
     Reportern trevar efter blocket och väskan och jackan när hon reser sig, har en hel hög i famnen. En penna faller till marken. John har vaknat, han böjer sig ner och tar upp den, räcker fram den till henne.
     ”Hej, John, minns du mig?” säger hon. 
     Han granskar henne en stund, men skakar sedan på huvudet.
     ”Jag brukade hjälpa till i soppköket, minns du? Vi brukade prata, du och jag.”
     Han fortsätter skaka på huvudet, säger ingenting, men sneglade oroligt mot Hanna. Hans ena fot börjar hoppa, studsar mot golvet.
     ”Nu måste du tyvärr gå, det är mång kö”, säger Hanna otåligt och drar i dörren, signalerar med handen att hon vill att reportern ska lämna rummet.
     ”Han är nog bara lik någon som du känner”, lägger hon till när reportern envist dröjer sig kvar och granskar Johns väderbitna ansikte. Hans panna är sammandragen, veckig, han undviker att möta hennes blick, söker hela tiden stöd från Hanna.
     ”Nej, jag misstar mig inte”, säger reportern bestämt. ”Vad gör du här, John? Är Hanna din… syster?”

     « Ah bon, c'est toi qui le dis. Hum, je comprends que ça puisse te sembler gênant maintenant que tu dois réfléchir par toi-même ? » Hanna sourit d'un air amusé.
     « Que veux-tu dire ? »
     « Quand je m'écarte de ce qui est attendu, de ce qui sort de la main. »
     « Oui… enfin… Je ne suis pas préparée, c'est tout, je ne sais pas quoi en penser. »
     « Ça te semble pénible ? Oui, imagine que quelqu’un d’autre écrive quelque chose de positif sur cette œuvre d’art. Qu’il en voie la grandeur… et toi, tu es assise là, avec un temps d’interview exclusif et tout, et tu ne comprends rien, tu ne vois qu’un tas de bric-à-brac, tu es passée complètement à côté. »
     « Tu pourrais peut-être me guider un peu ? Me dire un peu plus sur ce que tu as en tête ? »
     Hanna retourne son téléphone pour regarder l’heure, puis elle se lève sans répondre et se dirige vers la porte. Elle l’ouvre d’un coup sec et montre de toute sa main la sortie.
     « Je suis désolée, le temps est écoulé », dit-elle en souriant poliment.
     La journaliste cherche à tâtons son bloc-notes, son sac et sa veste en se levant, elle a tout un tas de choses dans les bras. Un stylo tombe par terre. John s’est réveillé, il se penche, le ramasse et le lui tend.
     « Salut, John, tu te souviens de moi ? », dit-elle. 
     Il l’observe un instant, puis secoue la tête.
     « J’aidais à la soupe populaire, tu te souviens ? On parlait souvent, toi et moi. »
     Il continue de secouer la tête, ne dit rien, mais jette un regard inquiet vers Hanna. Un de ses pieds se met à sautiller, à rebondir sur le sol.
     « Tu dois malheureusement partir maintenant, il y a beaucoup de monde », dit Hanna avec impatience en tirant sur la porte, faisant signe de la main qu’elle veut que la journaliste quitte la pièce.
     « Il ressemble sûrement juste à quelqu’un que tu connais », ajoute-t-elle alors que la journaliste s’attarde obstinément et scrute le visage buriné de John. Son front est plissé, ridé, il évite de croiser son regard, cherchant sans cesse le soutien d’Hanna.
     « Non, je ne me trompe pas », dit la journaliste d’un ton ferme. « Que fais-tu ici, John ? Hanna est-elle ta… sœur ? »

-----------

le chapitre 57 du roman, page 207 à 208 >>>   

Bagarmossen, 12 maj 1980

Hej Ingrid,

[...]  Jag jobbar med skuggor, så som du har lärt mig. Tecknar former som jag skulle vilja gjuta i metall, jag tänker tredimensionellt nu, men pappret begränsar mig. Jag kan inte tänka så stort som jag vill. Hur gör man? Jag saknar ateljén, saknar dig. Saknar John. Saknar Grace och hennes kramar. Saknar Victor. Han borde resa hit och göra en film, det behövs inget manus här. Han kan bara stå tyst och iaktta familjerna bakom de långa raderna med fönster, låta kameran rulla och sätta mikrofoner inne i lägenheterna. Det blir mer dramatiskt än någon film han har jobbat med förut, det lovar jag. Här vet man aldrig vad som väntar.
     Ingrid, det finns verkligen olika världar. Det finns de goda världarna. Där är en dag frukost, lunch, middag. Fika ibland, med nybakta bullar. Skratt och diskussioner och allt däremellan. Där allt är lätt att förstå. 
     Sedan finns det de onda. Och i de onda kan man aldrig förutse vad som ska hända. Det som var en sanning i går är ett mysterium i dag. Det som var varmt kan bli kallt på en sekund och tvärtom. Det skiftar ständigt, som vädret i aprildag. Det är inte bara mina teckningar som är i gråskala nu. Det är hela mitt liv.
     Ja. Så har jag det här. Hoppas du har det bättre.

Hanna

[...]  Je travaille sur les ombres, comme tu me l’as appris. Je dessine des formes que j’aimerais couler dans le métal, je pense désormais en trois dimensions, mais le papier me limite. Je ne peux pas penser les choses aussi grand que je le voudrais. Comment faire ? L’atelier me manque, tu me manques. John me manque. Grace et ses câlins me manquent. Victor me manque. Il devrait venir ici et tourner un film, ici pas besoin de script. Il n’a qu’à rester là, en silence, à observer les familles derrière les longues rangées de fenêtres, laisser tourner la caméra et placer des micros à l’intérieur des appartements. Ce sera plus dramatique que n’importe quel film sur lequel il a travaillé auparavant, je te le promets. Ici, on ne sait jamais ce qui nous attend.
     Ingrid, il existe vraiment des mondes différents. Il y a les mondes qui sont bons. Il y a un jour celui du petit-déjeuner, du déjeuner, du dîner. Du goûter parfois, avec des brioches tout juste sorties du four. Des rires, des discussions et tout ce qui se trouve entre les deux. Là-bas, tout est facile à comprendre. 
     Et puis il y a ceux qui sont les méchants. Et dans les méchants, on ne peut jamais prévoir ce qui va se passer. Ce qui était une vérité hier est un mystère aujourd’hui. Ce qui était chaud peut devenir froid en une seconde,
et inversement. Ça change sans cesse, comme le temps un jour au mois d'avril. Ce ne sont pas seulement mes dessins qui sont en nuances de gris maintenant. C’est toute ma vie.
     Oui. C’est comme ça pour moi. J’espère que c’est mieux pour toi.

Hanna

----------------------------------------------------

le chapitre 65 du roman, page 229 à 232 >>>   7.     Moderna museet, 20 september 2022

[...]          ”Det finns nästan ingen personlig information om dig. Om din familj och dina relationer, om di barndom. Varför har du aldrig talat om sådant?” frågar hon.
     ”För att jag tycker att det är ovidkommande”, säger Hanna bestämt. ”Jag vill att konsten ska få tala för sig själv, jag behöver ingen annan uppmärksamhet. Jag vill bara ha frågor om konst, inte om mitt privatliv. Och din tid är ute för länge sedan.”
     Reportern fortsätter att anteckna i sitt block, omsorgsfullt. Sedan tittar hon upp, vädjande.
     ”Får jag bara… Det här nya konstverket är intressant tycker jag, det har väl med din personliga bakgrund att göra?”
     ”Varför tror du det?”

[...]          « Il n’y a pratiquement aucune information personnelle sur toi. Sur ta famille et tes relations, sur ton enfance. Pourquoi n’en as-tu jamais parlé ? » demande-t-elle.
     « Parce que je trouve ça hors de propos », dit Hanna d’un ton ferme. « Je veux que l’art parle de lui-même, l’attention que l’on pourrait porter sur ma personne m’importe peu. Je veux juste des questions sur l’art, pas sur ma vie privée. Et ton temps est écoulé depuis longtemps. »
     La journaliste continue de prendre des notes dans son bloc-notes, avec soin. Puis elle lève les yeux, d’un air suppliant.
     « Puis-je juste… Je trouve cette nouvelle œuvre intéressante, elle a sûrement un rapport avec ton parcours personnel ? »
     « Pourquoi penses-tu cela ? »

     ”Eftersom du säger att det är så viktigt. Men det är svårt att förstå för mig som betraktare, i relation till det du har skapat förut. För det här ser ju mest ut som…”
     ”Skit”, svarar Hanna och skrattar till. 
     ”Nej, men det skiljer sig väldigt mycket från din övriga produktion. Jag undrar varför, jag vill gärna veta mer om det. Jag behöver din hjälp.”
     Reportern drar upp telefonen ur fickan och tar fram en bild på byrån. Hon sätter fingrarna på skärmen och förstorar de olika delarna.
     ”Det är så många olika material”, fortsätter hon. ”Hur har du tänkt? Var har du fått materialet ifrån?”
     Hanna funderar en stund. Betraktar Sara som står utanför glasdörren och otåligt pekar på sin klocka. Hon vet inte riktigt vad hon ska svara, vad hon vågar säga.
     ”Snälla, kan du svara på några frågor till? Jag skulle uppskatta det? Om materialet och själva utformningen.”
     ”Materialet…”, upprepar Hanna, hon drar ut på ordet, säger det långsamt, stavelse för stavelse.
     Reportern väntar tålmodigt på att hon ska säga någonting mer. Hon står med udden mot pappret, beredd att skriva.
     ”Tänk själv, tolka det som du vill”, säger Hanna och sluter sig igen. Hon håller upp dörren, men reportern står kvar.
     ”Hur då, menar du?”
     ”Så som du gör med all konst. Jag vet inte hur processen ser ut hos dig, själv brukar jag se bilder, eller ord eller till och med höra ljud i mitt inre, det hjälper mig att förstå ett verk”, säger Hanna och kräver ett leende genom att bita sig i läppen.

    [...]          « Puisque tu dis que c’est si important. Mais c’est difficile à comprendre pour moi, en tant que spectatrice, par rapport à ce que tu as créé auparavant. Parce que ça ressemble surtout à… »
     « De la merde », répond Hanna en riant. 
     « Non, mais ça diffère beaucoup du reste de ta production. Je me demande pourquoi, j’aimerais en savoir plus à ce sujet. J’ai besoin de ton aide. »
     La journaliste sort son téléphone de sa poche et affiche une photo sur le bureau. Elle pose ses doigts sur l’écran et agrandit les différentes parties.
     « Il y a tellement de matériaux différents », poursuit-elle. « Comment as-tu pensé ça ? Où as-tu trouvé ces matériaux ? »
     Hanna réfléchit un instant. Elle observe Sara qui se tient devant la porte vitrée et pointe impatiemment sa montre. Elle ne sait pas vraiment quoi répondre, ni ce qu’elle ose dire.
     « S’il te plaît, peux-tu répondre à quelques questions supplémentaires ? J’apprécierais beaucoup. À propos des matériaux et de la conception elle-même. »
     « Des matériaux… », répète Hanna, elle étire le mot, le prononce lentement, syllabe par syllabe.
     La journaliste attend patiemment qu’elle en dise davantage. Elle se tient penchée sur son bloc-notes, prête à écrire.
     « Réfléchis par toi-même, interprète ça comme tu veux », dit Hanna en se refermant sur elle-même. Elle tient la porte ouverte, mais la journaliste reste sur place.
     « Comment faut-il le prendre ? »
     « Comme tu le fais avec toute forme d’art. Je ne sais pas comment ça se passe pour toi, mais moi, j’ai l’habitude de voir des images, ou des mots, voire d’entendre des sons en moi, ça m’aide à comprendre une œuvre », dit Hanna en s’efforçant de sourire en se mordant la lèvre.

   [...]    ”Har alla de där olika lådorna någonting med livet att göra? Med ditt liv? Med ditt och hans liv?” frågar hon. 
     ”Ja, på ett sätt. Men vet du, när jag gjorde det sista konstverket blev alla andra verk oviktiga. Och jag själv också. Jag är oviktig, gör ingenting gott för världen. Min stjärna föll, en annan steg. Det kan du skriva om du vill.”
     John kan inte hålla sig, han brister ut i skratt i soffan. Hanna hyssjar honom och motar samtidigt ut reportern ur rummet. När hon stänger dörren reser John sig upp.
     ”Ledsen alltså, jag kan inte stanna och lyssna på det här. Du driver ju bara med dem.”
     ”Gör jag?”
     ”Ja, det tycker jag. Tycker du inte det?”
     ”Nej. Jag får dem bara att fundera kring konsten och dess viktighet. Kring vad som får uppmärksamhet och inte.”
     ”Äh, hur ska de kunna förstå det nu, när de inte har någon aning om varför du byggt byrån? Du kräver för mycket av dem, stackarna.”
     ”Allt har sin tid. En dag, snart, kommer de ju att förstå. Det vet du.”

     ”Kanske. Men det var aldrig värt det. Ibland är konst bara en flykt”, säger hon när hon möter deras förvånade blickar.

  [...]    « Et là, est-ce que tous ces différents tiroirs ont un rapport avec la vie ? Avec ta vie ? Avec ta vie et la sienne ? », demande-t-elle. 
     « Oui, d’une certaine manière. Mais tu sais, quand j’ai réalisé ma dernière œuvre, toutes les autres sont devenues insignifiantes. Et moi aussi. Je suis insignifiante, je ne fais rien de bien pour le monde. Mon étoile est tombée, une autre s’est levée. Tu peux écrire ça si tu veux.»
     John ne peut pas se retenir, il éclate de rire sur le canapé. Hanna lui fait signe de se taire tout en mettant la journaliste à la porte. Quand elle ferme la porte, John se lève.
     « Désolé, je ne peux pas rester pour écouter ça. Tu ne fais que te moquer d’eux. »
     « Ah bon ? »
     « Oui, c’est ce que je pense. Tu ne trouves pas ? »
     « Non. Je les amène juste à réfléchir à l’art et à son importance. À ce qui attire l’attention et ce qui ne l’attire pas. »
     « Mais comment pourraient-ils comprendre ça maintenant, alors qu’ils n’ont aucune idée de la raison pour laquelle tu as assemblé la commode ? Tu en demandes trop, à ces pauvres gens. »
     « Chaque chose en son temps. Un jour, bientôt, ils comprendront. Tu le sais bien. »

     « Peut-être. Mais ça n’en a jamais valu la peine. Parfois, l’art n’est qu’une fuite », dit-elle en croisant leurs regards étonnés.

---------------------------

le 13 octobre 2019 à 15h06,  à vélo,  en partant de Stockholm,  sur la route de Nynäshamn  |   clic ^^^ 

le chapitre 70 du roman, page 247 à 248 >>>   

     ”Det gör jag, jag lyssnar hela tiden, efter ljud, efter bilar som kommer. Jag är beredd.”
     Hanna reste sig upp och gick in, när hon kom ut igen bar hon en tavla i famnen. Hon vände på den och visade motivet. Det var utsikten från sjöboden. Bryggan, det spegelblanka vattnet, en häger som lyfte med de långa benen hängande bakom kroppen. Två gestalter satt längst ut på bryggan. Det hela var så noggrant utfört att det såg ut som ett fotografi.
     ”Stiltje”, sa hon till Erik och log. ”Titta. Jag har målat av det. Till dig.”
     Hon räckte över tavlan till honom. Han tog emot den, lutade den mot knäna och betraktade fascinerat motivet.
     ”Hur kan du fånga allting så exakt?” frågade han häpet. 
     ”Jag behöver bara blunda, så ser jag det framför mig. Minns du när vi satt där, du och jag. När du precis hade hämtat hit mig.”
     ”Ja, det glömmer jag aldrig. Jag är ledsen att du blev så här, att du är tvungen att gömma dig. Jag vet inte vad Ingrid har tänkt.”
     ”Men det vet jag, hon har berättat det”, sa Hanna och satte sig ner igen. Hon drog John närmare, lade armen runt hans axlar och vinkade till Erik, ville att han också skulle komma.
     ”Ska ni gå till polisen?” frågade Erik och krånglade sig in under hennes andra arm. De fick knappt plats på trappan, alla tre. Eriks ena ben hamnade utanför.
     ”Nej”, viskade hon. ”Men jag måste snart flytta härifrån.”

     « Je le fais, je tends l’oreille tout le temps, suis à l’affût des bruits, des voitures qui arrivent. Je suis prête. »
     Hanna se leva et entra, lorsqu’elle ressortit, elle tenait un tableau dans ses bras. Elle le retourna pour en montrer le motif. C’était la vue depuis le hangar au bord de la mer. Le ponton, l’eau miroitante, un héron qui s’envolait, ses longues pattes pendantes en arrière sous son corps. Deux silhouettes étaient assises tout au bout du ponton. L’ensemble était si minutieusement exécuté que cela ressemblait à une photographie.

le 17 juin 2026 à 20h18, Presqu'île Malraux, Rivétoile, Strasbourg

     « Sérénité », dit-elle à Erik en souriant. « Regarde. Je l’ai peint. Pour toi. »
     Elle lui tendit le tableau. Il le prit, l’appuya contre ses genoux et contempla la scène avec fascination.
     « Comment arrives-tu à tout saisir avec autant de précision ? » demanda-t-il, stupéfait. 
     « Il me suffit de fermer les yeux pour que je voie tout ceci devant moi. Tu te souviens quand on était assis là, toi et moi ? Quand tu venais tout juste de m’amener ici. »
     « Oui, je n’oublierai jamais ça. Je suis désolée que tu en sois arrivée là, que tu sois obligée de te cacher. Je ne sais pas ce qu’Ingrid avait en tête. »
     « Mais moi, je le sais, elle me l’a dit », répondit Hanna en se rassoyant. Elle rapprocha John vers elle, passa son bras autour de ses épaules et fit signe à Erik, voulant qu’il vienne lui aussi.
     « Vous allez voir la police ? » demanda Erik en se faufilant sous son autre bras. À trois, ils tenaient à peine sur les marches. Une des jambes d’Erik dépassait.
     « Non », murmura-t-elle. « Mais je vais bientôt devoir partir d’ici. »

-------------------------------------

le chapitre 75 du roman, page 259 à 267 >>>   Solhem, juni 1980

Daisy kunde inte motstå att sätta sig ner på huk och känna på det slitna trägolvet i köket. Ytan kändes skrovlig under hennes handflata. Den var full med repor och jack, svarta brännmärken av gnistor från vedspisen. Ojämnt sliten. En stig från dörr till spis, en från bord till köksbänk.
     « Ni får aldrig slipa det här golvet, bara olja”, sa hon och tittade upp mot Ingrid som plockade i köket.
     ”Det är patina, jag håller med.”
     ”Vackraste golvet jag någonsin sett, perfekt slitet. Det kommer bara att bli vackrare med åren.”
     Daisy reste sig upp igen och gick fram till fönstret. Solen började nå upp över trädtopparna, strålarna sträckte sig ut över landskapet, skapade gyllengula gator. Snart skulle allt bada i solljus. Hon andades in, sträckte upp händerna över huvudet.
     ”Tänk att du får bo så här. Att ni fick det här huset. Det är ljuvligt”, sa hon.
     Ingrid ställde fram en tallrik på bordet, där låg en smörgås med ost och gurka på. Erik grep tag i den, svalde hela i tre stora tuggor.
     ”Oj, det gick snabbt. Vill du ha en till?” frågade Ingrid och vände sig mot köksbänken igen, utan att vänta på svaret.
     ”Sjutton år alltså”, sa Daisy och granskade honom. ”Bästa tiden i livet. Du njuter väl?”
     Erik undvek hennes blick. Hon anade obehaget påståendet väckte, det osade från hans sammanpressade läppar. Ändå fortsatte hon:
     ”Det svåra med ålder är att man aldrig vet hur bra man har det. Snart är ungdomen förbi, och med vuxenlivet kommer ansvaret och vemodet. Och rynkorna.”

Daisy ne put s’empêcher de s’accroupir pour palper le parquet usé de la cuisine. La surface était rugueuse sous sa paume. Elle était couverte de rayures et d’entailles, de traces noires laissées par les étincelles du poêle à bois. Usée de manière inégale. Un sillon allait de la porte au poêle, un autre de la table au plan de travail.
     « Il ne faut surtout pas poncer ce parquet, il suffit de lui faire une mise en huile », dit-elle en levant les yeux vers Ingrid qui rangeait dans la cuisine.
     « C’est de la patine, je partage ce point de vue. »
     « Le plus beau parquet que j’aie jamais vu, usé à la perfection. Il ne fera que de s’embellir avec les années. »

                                 le 19 juin 2026 à 19h07, Place d'Austerlitz, Strasbourg

  Daisy se releva et s’avança vers la fenêtre. Le soleil commençait à dépasser la canopée, ses rayons s’étendaient sur le paysage, créant des rues d’un jaune doré. Bientôt, tout serait baigné de soleil. Elle inspira profondément, leva les mains au-dessus de sa tête.
     « C’est incroyable que tu puisses vivre comme ça. Que vous ayez pu avoir cette maison. C’est merveilleux », dit-elle.
     Ingrid posa une assiette sur la table, sur laquelle se trouvait un pain beurré au fromage et au concombre. Erik s’en empara et l’avala d’un coup en trois grosses bouchées.
     « Ôjh, quelle descente. Tu en veux un autre ? » demanda Ingrid en se retournant vers le plan de travail, sans attendre la réponse.
     « Alors, dix-sept ans », dit Daisy en l’inspectant méticuleusement. « La meilleure période de la vie. Tu en profites bien ? »
     Erik évita son regard. Elle devinait le malaise que suscitait cette allégation, cela suintait de ses lèvres pincées. Pourtant, elle poursuivit :
     « Le problème avec l’âge, c’est qu’on ne se rend jamais compte à quel point on est bien. Bientôt, la jeunesse sera révolue, et avec la vie d’adulte viendront les responsabilités et la mélancolie. Et les rides. » 

     Ingrid ställde ner tallriken med en smäll och spände ögonen i henne.
     ”Daisy. Du borde veta bättre än att tala om saker som du inte har en aning om. Erik har redan tagit ansvar, alldeles för mycket ansvar. Några enstaka rynkor i ditt bildsköna nylle är väl ingenting i jämförelse.”
     Daisy bet sig i läppen, hon stod kvar med blicken ut mot trädgården.
     ”Förlåt”, mumlade hon.
     ”Det är lugnt, Daisy. Jag har det bra, här på Solhem har alla det bra”, sa Erik och reste sig upp så att stolsbenen skrapade dovt mot golvet. Han gav Ingrid en hastig kyss på kinden innan han lämnade rummet med den nya smörgåsen i ena näven.
     ”Du är orolig”, sa Daisy till Ingrid. Alla här främmande ungarna som du tar hand om hela tiden. Hur orkar du?”
     ”Främmande ungar”, upprepade Ingrid bekymrat. Det så ut som om hon aldrig hade tänkt på dem som sådana. Hon drog ut köksstolen och satte sig ner. Tog sats för att förklara, eller kanske skälla ut henne.
     ”Ja, det är inte dina egna, menar jag.” Daisy försökte släta över det hon sagt.
     ”Barn är väl aldrig någons?” sa Ingrid. ”Barn har man bara till låns, hur de än kommer till.”
     ”Hanna har blivit så stor, men hon är sig lik. Jag kände igen henne när jag såg det där söta ansiktet på löpsedlarna, de var uppe samma dag som jag landade på Arlanda. Vilket elände. Var är hon? Var gömmer du henne?”
     ”Hon… Du måste lova att hjälpa mig först.”
     ”Ja, jag vet inte hur vi ska lyckas bara, det är så komplicerat, det du ber om.”
     Ingrid gick ut i hallen hämtade mappen med Hannas teckningar. Hon lade ut dem på köksbordet, en efter en.
     ”Ser du? Hon är bara femton år men hon behärskar redan teknikerna som en mästare. Hon måste få måla, hon måste få leva i trygghet.

     Ingrid posa son assiette avec un bruit sec et la fixa du regard.
     « Daisy. Tu devrais savoir qu’il ne faut pas parler de choses dont tu n’as pas la moindre idée. Erik a déjà endossé ses responsabilités, complètement et bien trop de responsabilités. Quelques rides éparses sur ton minois photogénique, ce n’est rien en comparaison. »
     Daisy se mordit la lèvre, le regard toujours tourné vers le jardin.
     « Désolée », marmonna-t-elle.
     « Ce n’est pas grave, Daisy. Je vais bien, ici à Solhem, tout le monde va bien », dit Erik en se levant, les pieds de sa chaise glissant doucement sur le sol comme du feutre. Il donna en passant un rapide baiser sur la joue d’Ingrid avant de quitter la pièce, son nouveau pain beurré serré dans son poing.

le 02 juin 2026, Presqu'île Malraux, Rivétoile, Strasbourg

     « Tu es inquiète », dit Daisy à Ingrid. « Tous ces enfants de diverses origines dont tu t’occupes sans arrêt. Comment fais-tu pour tenir le coup ? »
     « Des enfants de diverses origines », répéta Ingrid, l’air préoccupé. On aurait dit qu’elle n’avait jamais pensé à eux en ces termes là. Elle tira une chaise de cuisine et s’assit. Elle prit son élan pour expliquer, ou peut-être pour la réprimander.
     « Oui, je veux dire, ce ne sont pas les tiens. » Daisy tenta d’édulcorer ce qu’elle venait de dire.
     « Les enfants n’appartiennent jamais à personne, n’est-ce pas ? », dit Ingrid. « On ne fait que les avoir comme enfants placés, quelle que soit la manière dont ils nous arrivent. »
     « Hanna a tellement grandi, mais elle n’a pas changé. Je l’ai reconnue quand j’ai vu ce joli visage sur les avis de recherche, ils étaient affichés le jour même où j’ai atterri à Arlanda. Quelle galère. Où est-elle ? Où la caches-tu ? »
     « Elle… Tu dois d’abord me promettre de m’aider. »
     « Oui, mais je ne sais pas comment on va s’y prendre, c’est tellement compliqué, ce que tu me demandes. »
     Ingrid sortit dans le couloir et alla chercher le dossier contenant les dessins d’Hanna. Elle les étala sur la table de la cuisine, un par un.
     « Tu vois ? Elle n’a que quinze ans, mais elle maîtrise déjà les techniques comme un maître. Elle doit pouvoir peindre, elle doit pouvoir vivre en sécurité. » 

      Daisy lyfte på arken, studerade dem noggrant, lade nästan näsan intill.
     ”Jo, visst är hon duktig, men det finns en naivitet också, en osäkerhet som måste slipas bort”, sa Daisy och lade ark efter ark på hög. 
     Hon dröjde sig kvar vid ett porträtt. Det var Erik. Fångad med en bred palett – hudnära toner men också stråk av lila, ljusblått, rött. Det kändes som om han fortfarande var kvar där i rummet, den varsamt målade blicken hade blivit levande tack var speglingarna i de svarta pupillerna.
     ”Du måste erkänna att det är bara, att det är exceptionellt”, sa Ingrid.
     ”Ja, hon har någonting speciellt, det har du rätt i. Livfullt.” 
     ”Det är därför du måste hjälpa mig. Hon kan inte stanna här hos oss längre, polisen kommer att hitta henne snart. Du m9ste ta med henne nu när du åker hem.”
     ”Gömma henne?”
     ”Ja. All för konsten… du vet. Och för barnen.”
     ”Allt för… vad? Vad är det du säger Ingrid? Menar du att jag ska kidnappa henne, riskera min egen framtid? Det är ju kriminellt.”
     Daisy kände hur hela ansiktet drogs ihop när hon försökte förstå. Hon släppte arken på bordet och satte sig med en duns på stolen.
     ”Jag trodde att hon var fosterbarn här hos dig, är hon inte det längre? Vad hände?” fortsatte hon. 
     ”Nej, hon var det, länge. Men inte nu… det är komplicerat.”
     ”Ja, det låter så.”
     ”Ta med henne till New York när du reser tillbaka, och låt henne bo där ett tag. Jag betalar för hennes uppehälle och för allt konstnärsmaterial.”
     ”Utan pass? Nej, det ärt omöjligt, hur ska hon kunna resa när alla letar efter henne?”

      le 21 juin 2026 à 12h33, Quai des Bâteliers, Strasbourg

     Daisy souleva les feuilles, les examina attentivement, en approchant presque son nez tout contre.
     « Oui, elle est douée, c’est vrai, mais il y a aussi une certaine naïveté, une hésitation qu’il faut gommer », dit Daisy en empilant les feuilles les unes sur les autres. 
     Elle s’attarda sur un portrait. C’était Erik. Capturé avec une large palette – des tons proches de la peau, mais aussi des touches de violet, de bleu clair et de rouge. On aurait dit qu’il était toujours là, dans la pièce, son regard, peint avec délicatesse, avait pris vie grâce aux reflets dans ses pupilles noires.
     « Tu dois reconnaître que c’est tout simplement exceptionnel », dit Ingrid.
     « Oui, elle a quelque chose de spécial, tu as raison. C’est plein de vie. » 
     « C’est pour ça que tu dois m’aider. Elle ne peut plus rester ici avec nous, la police va bientôt la retrouver. Tu dois l’emmener avec toi quand tu rentreras chez toi. »
     « La cacher ? »
     « Oui. Tout pour l’art… tu sais. Et pour les enfants. »
     « Tout pour… quoi ? Qu’est-ce que tu racontes, Ingrid ? Tu veux dire que je devrais la kidnapper, mettre mon propre avenir en danger ? C’est un délit, quand même. »
     Daisy sentit son visage se crisper tandis qu’elle essayait de comprendre. Elle lâcha les feuilles sur la table et s’assit avec un bruit sourd sur la chaise.
     « Je croyais qu’elle était placée chez toi en famille d’accueil, ce n’est plus le cas ? Que s’est-il passé ? » poursuivit-elle. 
     « Non, elle l’était, pendant longtemps. Mais plus maintenant… c’est compliqué. »
     « Oui, ça en a l’air. »
     « Emmène-la à New York quand tu rentreras, et laisse-la y rester un moment. Je paierai ses frais de séjour et tout son matériel d’artiste. »
     « Sans passeport ? Non, c’est impossible, comment pourrait-elle voyager alors que tout le monde la recherche ? »

     ”Jag ska försöka ordna med ett falskt. Jag har inte hunnit tänka ut hur vi ska göra än, jag vet bara att vi måste, snälla. Det är enda chansen. Du ser ju vilken talang hon är… hon måste få måla, och det kan hon göra i din ateljé i några år, till dess att hon blir myndig. Hon behöver ingen annan utbildning, inte med den där talangen.”
     Ingrid drog ut en låda i byrån och letade fram ett papper. Hon vecklade ut det och räckte över till Daisy. Det var ett utdrag ur en journal.
     ”Knut Andersson, vem är det?”
     ”Hannas morfar, läs allt, vartenda ord.”
     Daisy kändes illamåendet välla upp när hon läste. Det var rad med skador. Utslagna tänder, brutna fingrar och armar, krossat skallben, sprucken mjälte. Knivsår.
     ”Usch, det är vidrigt. Vem var det som gjorde allt det här?”
     ”Någon kille som Hannas mamma hade med sig. Det var mest han som slog. Hanna var där. Mannen slängde in henne i väggen när hon försökte skydda Knut, hårt, sedan gömde hon sig i en kökssoffa. Hon låg där under locket och darrade med brutet ben och blödande skrapsår.”
     ”Det är ett under att han överlevde det här.”
     ”Det gjorde han inte, han kom aldrig hem från sjukhuset. Han fick hjärtstillestånd några dagar senare. Jag har sparat journalen, för att kunna visa Hanna när hon blir vuxen. Inte för att hon inte minns. Det gör hon; tror jag, även om hon inte pratar så mycket om det.” [...]

     « Je vais essayer de m'en procurer un faux. Je n’ai pas encore eu le temps de réfléchir à la manière de nous y prendre, mais je sais juste que nous devons le faire, s’il te plaît. C’est notre seule chance. Tu vois bien quel talent elle a… Elle doit pouvoir peindre, et elle pourra le faire dans ton atelier pendant quelques années, jusqu’à ce qu’elle atteigne sa majorité. Elle n’a besoin d’aucune autre formation, pas avec un tel talent. »
     Ingrid ouvrit un tiroir de la commode et en sortit un papier. Elle le déplia et le tendit à Daisy. C’était un extrait d’un dossier médical.
     « Knut Andersson, qui est-ce ? »
     « Le grand-père de Hanna, lis tout, chaque mot. »
     Daisy sentit la nausée monter en elle à mesure qu’elle lisait. C’était une succession de blessures. Des dents cassées, des doigts et des bras fracturés, un crâne fracassé, une rate perforée. Des coups de couteau.
     « Usch, c’est à vomir. Qui a fait tout ça ? »
     « Un type que la mère d’Hanna avait ramené. C’est surtout lui qui cognait. Hanna était là-bas. L’homme l’a projetée violemment contre le mur alors qu’elle essayait de protéger Knut, puis elle s’est cachée à l’intérieur d’un canapé de cuisine. Elle était allongée là, sous le couvercle, tremblante, avec une jambe cassée et des écorchures sanglantes. »
     « C’est un miracle qu’il ait survécu à tout ça. »
     « Il n’a pas survécu, il n’est jamais rentré de l’hôpital. Il a fait un arrêt cardiaque quelques jours plus tard. J’ai conservé son dossier médical, pour pouvoir le montrer à Hanna quand elle sera grande. Non pas qu’elle ne s’en souvienne pas. Elle s’en souvient, je crois, même si elle n’en parle pas beaucoup. » [...] 

           " Henrique Monteiro, un enfant de Bogotá " - mon huile n°100 de 1984  |   clic ^^^ 

     Daisy betraktade vännen som hon hade lärt känna i skolan. Hon med de färggranna klänningarna, med värmen och hjärtat för de svaga. Hon som alltid ville hjälpa alla, som hjälpte Daisy när hon var ny i Stockholm, och knappt kunde språket.
     Hon lade ner dokumentet på bordet och tog upp mappen med Hannas skisser igen, bläddrade igenom dem. Ingrid hämtade röret och drog ut de hoprullade målningarna. Hon höll upp en efter en framför Daisy. Landskap och porträtt med exakte proportioner och en utsökt färgbalans.

     ”Femton år, du har rätt, det är faktiskt helt otroligt. Är det du som har lärt henne allt det här?” frågade hon.
     ”Hon har det i sig, det fanns där redan när hon var mycket liten. En unik talang. Och därför behöver hon få vara med människor som förstår sig på henne, som förstår sig på konst och låter henne få vara som hon är”, sa Ingrid. 
     Hennes ögon var tårfyllda, vädjande. Daisy vände bort blicken.
     ”Du har alltid haft en förmåga att se det vackra i allt, hos alla”, sa hon. ”Men om myndigheterna säger att hon ska vara hos sin mamma… då måste du kanske… är det inte viktigt att ge människor en andra chans…”
     ”Jo, men den har hon redan fått, och förlorat. Hörde du inte vad jag sa, om den nya mannen. Han är ett äckel. Erik hjälpte Hanna att rymma, han var den som förstod hur illa hon hade det.”
     ”Erik? Har du dragit in honom i det här också?”
     ”Nej, han gjorde det helt på egen hand. Gav sig i väg mitt i natten och hämtade henne. Men du har rätt, vi m 9ste hålla honom utanför i fortsättningen.”

     Daisy regardait son amie qu’elle avait rencontrée à l’école. Celle aux robes colorées, pleine de chaleur et de compassion pour les plus démunis. Celle qui voulait toujours aider tout le monde, qui avait aidé Daisy lorsqu’elle venait d’arriver à Stockholm et qu’elle maîtrisait à peine le suédois.
     Elle posa le document sur la table et reprit le dossier contenant les croquis d’Hanna, qu’elle feuilleta à nouveau. Ingrid prit le rouleau et déroula les peintures enroulées. Elle les présenta une à une devant Daisy. Des paysages et des portraits aux proportions exactes et avec un profond équilibre des couleurs.
     « Quinze ans, tu as raison, c’est en effet tout à fait incroyable. C’est toi qui lui as appris tout ça ? » demanda-t-elle.
     « Elle a ça en elle, c’était déjà là quand elle était toute petite. Un talent unique. Et c’est pour ça qu’elle a besoin d’être entourée de gens qui la comprennent, qui s’y connaissent en art et qui la laissent être telle qu’elle est », dit Ingrid. 
     Ses yeux étaient remplis de larmes, implorants. Daisy détourna le regard.
     « Tu as toujours eu la capacité de voir la beauté en toute chose, chez tout le monde », dit-elle. « Mais si les autorités disent qu’elle doit rester avec sa mère… alors tu devras peut-être… n’est-il pas important de donner une seconde chance aux gens… »
     « Oui, mais elle l’a déjà eue, et elle l’a perdue. Tu n’as pas entendu ce que j’ai dit à propos de son nouveau compagnon ? C’est un sale type. Erik a aidé Hanna à s’enfuir, c’est lui qui a compris à quel point elle souffrait. »
     « Erik ? Tu l’as entraîné là-dedans aussi ? »
     « Non, il a agi de son propre chef. Il est parti en pleine nuit pour aller la chercher. Mais tu as raison, il faut qu’on le tienne à l’écart à l’avenir. »

     ”Du är dig lik”, sa Daisy och puffade till Ingrid med höften. ”Regler har aldrig varit någonting för dig. Du är konstnär in i själen.”
     ”Inte som Hanna, inte ens i närheten.”
     ”Jodå. Du vet bara inte om det.”

     « Tu es toujours la même », dit Daisy en donnant un petit coup de hanche à Ingrid. « Les règles n’ont jamais été ton fort. Tu es une artiste dans l’âme. »
     « Pas comme Hanna, loin de là. »
     « Oh que si. Tu ne le sais pas, c’est tout. »

-----------------------

le chapitre 76 du roman, page 268 à 270

Hanna satt längst ut på bryggan. Som ett väsen, med det långa lockiga håret böljande över ryggen, nästan ända ner till midjan. Brunröda toner skimrade som koppar i solskenet. De nakna skinkorna trycktes samman av träytan, buktade upp mot ryggslutet. Hon gjorde sig redo att dyka, höll upp händerna högt över huvudet och tippade fram, försvann ner under ytan. Mjuka ringar på vattnet skvallrade om att hon nyss var där. 
     Daisy grep tag i Ingrids arm. Hon ville stanna i skogsbrynet en stund, scenen var andlöst vacker. Hon följde Hanna med blicken när hon kom upp igen, långt ifrån det ställe där hon dök i. Hon simmade med kraftiga armtag, sparkade med fötterna så att kaskader av vatten spred sig i luften, skimrade som silver i solskenet.
     Ingrid var otålig, lade inte märke till magin framför deras ögon. Det var på hennes hemmaplan, kanske var hon blind för skönheten. Hon fortsatte att gå, viftade med armen över huvudet och ropade Hannas namn. Daisy följde motvilligt efter, observerade färger, rörelser, studerade trädens grenar och det djupgröna gräset som böjde sig lätt för sjöbrisen.
     ”Det är det här som Hanna målar, känner du igen det?” frågade Ingrid.
     Daisy nickade. Det gjorde hon. Men hon såg det på ett annat sätt, ville återge det med sina egna färger, sina egna former. Hon kände det intensiva suget komma över henne, inspirationen som alltid fick henne att vilja lämna allt och bara måla. [...]

Hanna était assise tout au bout de la jetée. Telle une apparition, ses longs cheveux bouclés ondulaient sur son dos, lui descendant presque jusqu’à la taille. Des reflets brun-rouge scintillaient comme du cuivre au soleil. Ses fesses nues étaient pressées contre la surface en bois, se cambrant vers le bas du dos. Elle se prépara à plonger, leva les mains bien au-dessus de la tête et se pencha en avant, avant de disparaître sous la surface de l'eau. De légers cercles concentriques racontaient l'histoire de sa présence récente. 
     Daisy saisit le bras d’Ingrid. Elle voulait rester un moment à l’orée de la forêt, la scène était d’une beauté à couper le souffle. Elle suivit Hanna du regard lorsqu’elle refit surface, loin de l’endroit où elle avait plongé. Elle nageait à grande brassées, battant des pieds si fort que des cascades d’eau jaillissaient dans les airs, scintillant comme de l’argent au soleil.
     Ingrid était impatiente, elle ne prêtait pas attention à la magie qui se déployait sous leurs yeux. Cela se déployait sur son domaine, peut-être était-elle aveugle à la beauté. Elle continua d’avancer, agitant le bras au-dessus de sa tête et appelant Hanna par son nom. Daisy la suivit à contrecœur, observant les couleurs, les mouvements, étudiant les branches des arbres et l’herbe d’un vert profond qui se courbait légèrement sous la brise marine.
     « Ici, c’est cela que Hanna peint, le reconnais-tu ? » demanda Ingrid.
     Daisy acquiesça. Oui, elle le reconnaissait. Mais elle le voyait d’une autre manière, elle voulait le restituer avec ses propres couleurs, ses propres formes. Elle sentit cette envie intense la saisir, cette inspiration qui lui donnait toujours envie de tout abandonner pour peindre. [...]

     ”Du har blivit en riktig mamma, du. Längtar du inte efter att måla?” frågade hon när Ingrid kom ut igen, med ett stort badlakan i handen.
     ”Vad menar du?”
     ”Ja, när du ser allt det här vackra, när du är i det varje dag. Du är ju också konstnär, varför håller du på med de här barnen?”
     Ingrid himlade med ögonen.
     ”Men jisses, Daisy, de behöver mig, förstår du inte det? Barnen är min canvas nu, som jag fyller med skönhet. Det är också konst. Och nu behöver Hanna dig, om hennes liv ska kunna bli så vackert som hon förtjänar.

     « Tu es devenue une vraie maman, toi. L’envie de peindre ne te manque pas ? » demanda-t-elle quand Ingrid ressortit, un grand drap de bain à la main.
     « Que veux-tu dire ? »
     « Eh bien, quand tu vois toutes ces belles choses, quand tu y es plongée tous les jours. Tu es aussi une artiste, pourquoi tu t’occupes de ces enfants ? »
     Ingrid leva les yeux au ciel.
     « Mais Mon Dieu, Daisy, ils ont besoin de moi, tu ne comprends pas ça ? Les enfants sont ma toile canevas maintenant, que je remplis avec le beau. C’est aussi de l’art. Et maintenant, Hanna a besoin de toi, pour que sa vie soit aussi belle qu’elle le mérite.   

         poterie réalisée par un enfant de 5 ans: la mer, le ponton, le voilier, une créature qui glisse vers le fond
       Ronneby: Känslans Verkstad - Atelier des émotions / Vem kan skiljas från vännen sin utan att fälla tårar ?
                            Känslans Verkstad på Guttamålavägen - Ronneby / Karslkrona, 27 août 2025, à vélo

     Daisy vände ryggen till när Hanna hävde sig upp över kanten. Ljudet av vattnet lät som musik i hennes öron, det droppade, skavalde, skävtte. När hon vände sig om hade Ingrid svept Hanna i handduken och gnuggade henne varm med sina händer.
     ”Det var så fint att se dig simma där ute”, sa Daisy. ”Det var som om du simmade i en tavla.”
     ”Det gjorde jag också. I en tavla som förändras varje dag, får en ny dimension”, sa Hanna med ryggen vänd mot henne, hon stod med sträckt nacke och blicken ut mot horisonten.
     ”Och som upplevs annorlunda av varje ny betraktare, precis som konst”, sa Daisy.
     Hanna vände sig blixtsnabbt mot Daisy. Det glittrade till i hennes ögon. Hon höll upp händerna, som om hon ramade in henne.
     ”Exakt. Och nu kom du in i kompositionen, och blev ett nytt motiv.”

     Daisy tourna le dos au moment où Hanna se hissa hors de l’eau. Le bruit de l’eau résonnait comme une musique à ses oreilles, il y avait des gouttes, des clapotis, des éclaboussures. Lorsqu’elle se retourna, Ingrid avait enveloppé Hanna dans une serviette et la frottait avec ses mains pour la réchauffer.
     « C’était tellement beau de te voir nager là-dehors », dit Daisy. « C’était comme si tu nageais dans un tableau. »
     « C’est aussi ce que je faisais. Dans un tableau qui change chaque jour, qui prend une nouvelle dimension », répondit Hanna, le dos tourné vers elle, la nuque tendue et le regard au large vers l’horizon.
     « Et qui est perçu différemment par chaque nouvel observateur, exactement comme l’art », dit Daisy.
     Hanna se tourna vers Daisy en un éclair. Ses yeux brillaient. Elle leva les mains, comme pour la mettre dans un cadre.
     « Exactement. Et maintenant, tu es entrée dans la composition, et tu es devenue un nouveau motif. »

-------------------------

le 24 Juin 2026 à 10h53 - Galerie l'Estampe, Strasbourg
Daniel Depoutot, plasticien sculpteur
( photo prise avant la lecture des chapitres 78/79) 
J'ai exposé mes huiles sur... la Chute du Mur de Berlin...
en... 198
7 à la Galerie l'Estampe

En 1990, j'avais demandé à Daniel Depoutot
de me faire des installations statiques et en mouvement
sur la scène de théâtre de Pôle-Sud à Strasbourg, où mes
étudiants avaient représenté Minetti de Thomas Bernhard
en canapé sur Largo Desolato de Václav Havel, 
sous ma direction de remetteur en vie ( metteur en scène ),
pour montrer que l'Intellectuel est harcelé
devant ou derrière le Mur de Berlin


le chapitre 79 du roman, page 278 à 279

De var tillbaka i sjöboden. Daisy blötte linnehanddukar och lade dem på Hannas hand, rodnaden hade spridit sig ut mot fingrarna, upp på handleden, små blåsor fick huden att resa sig, som en bubblig massa. Den var svedd, fortfarande svart av sot. I fjärran ljöd sirenerna, det kom ständigt nya fordon. Landsvägen blev till ett inferno av blåljus bakom dem när de smög sig bort, i skydd av skogen. Det var människor i uniform överallt. Brandmän, sjukvårdare, poliser. Ingrids hjärtskärande skrik, bruset och sudet från brandslangarna. 
     Vid sjöboden var allt sig likt. Havet låg blankt som en spegel, några svanar simmade där ute, med nackarna i graciösa böjar.
     ”Får jag aldrig se honom mer, aldrig krama honom mer?” viskade Hanna och kippade efter luft.
     Hennes kropp skakade, som om hon frös. Hon gjorde grimaser varje gång Daisy vidrörde huden, skrynklade plågat ihop ansiktet, knep ihop ögonen. 

Elles étaient de retour dans le hangar au bord de la mer. Daisy mouillait des serviettes en lin et les posait sur la main d’Hanna, les lésions rouges causées par le feu s’étaient étendues jusqu’aux doigts, puis jusqu’au poignet, de petites cloques faisaient gonfler la peau, comme une masse en ébullition. Elle était brûlée, encore noire de suie. Au loin, les sirènes retentissaient, et de nouveaux véhicules n’arrêtaient pas d’arriver. La route du Comté se transformait en un véritable enfer de gyrophares derrière eux tandis qu’ils s’éloignaient furtivement, à l’abri de la forêt. Il y avait des gens en uniforme partout. Des pompiers, des secouristes, des policiers. Les cris déchirants d’Ingrid, le vacarme et la vapeur des lances à incendie. 
     Près du hangar au bord de la mer, tout était comme d’habitude. La mer était lisse comme un miroir, quelques cygnes évoluaient au loin, le cou courbé avec grâce.
     « Je ne le reverrai donc plus jamais, je ne pourrai plus jamais le serrer dans mes bras ? » murmura Hanna en haletant.
     Son corps tremblait, comme si elle avait froid. Elle grimaçait chaque fois que Daisy touchait sa peau, crispait et déformait de douleur le visage, fermait les yeux de toutes ses forces.

     ”Gör det mycket ont?” frågade Daisy och höll försiktigt handen i sin.
     Hanna nickade. En fjäderlätt suck undslapp hennes lappar. Sedan kom tårarna på nytt.
     ”Finns han inte mer, aldrig mer?” frågade hon med väsande andning, som i panik.
     ”Jag vet inte”, viskade Daisy. ”De kanske kan rädda honom, de håller på där uppe.”
     ”Han brann, hela han brann. Jag såg det.” Hanna kippade efter andan igen.
     Daisy visste inte vad hon skulle svara, vände ryggen åt Hanna. Bet sig i läppen. Det tunna tyget i hennes klänning vibrerade av hjärtats hårda slag.
     ”Han är död, jag vet det. Du kan säga det”, sa Hanna.
     ”Död”, viskade Daisy och vände sig mot Hanna igen. Hon tog henne i sin famn, vyssjade, kramade.

     Hanna acquiesça. Un soupir léger comme une plume s'échappa de ses lèvres. Puis les larmes ont recommencé à couler.
     « Il n'est plus là, plus jamais là ? » demanda-t-elle d'une voix sifflante, comme en proie à la panique.

                                              södra Öland, le 13 septembre 2025 à 13h04

     « Je ne sais pas », murmura Daisy. « Peut-être qu’ils pourront le sauver, là-haut ils mettent tout en œuvre pour le sauver. »
     « Il brûlait, tout son corps brûlait. Je l’ai vu. » Hanna haleta à nouveau.
     Daisy ne savait pas quoi répondre, elle tourna le dos à Hanna. Elle se mordit la lèvre. Le tissu fin de sa robe vibrait au rythme des battements violents de son cœur.
     « Il est mort, je le sais. Tu peux le dire », dit Hanna.
     « Mort », murmura Daisy en se tournant à nouveau vers Hanna. Elle la prit dans ses bras, en la berçant, la serrant contre elle.

----------------------------

le chapitre 80 du roman, page 282

     De hjälptes åt att bära sakerna genom skogen, upp till Daisys bil som stod parkerade utanför huset. De fick gå flera gånger fram och tillbaka, lastade skuffen full med hoprullade dukar och skisser. Barnen kom ut ur huset, John med Grace i handen. Grace studsade till när hon fick syn på Hanna, slet sig loss och kastade sig i hennes famn med ett gurglande skratt.
     ”Nanna”, skrek Grace och pussade hennes kinder.
     Hanna gick ner på knä i gruset, höll den lilla flickan nära, som om hon aldrig ville släppa taget. Ingrid fick nästan bända loss henne. Hon motade in Hanna i baksätet. 
     ”Skynda er nu, ni måste åka”, sa hon.
     ”Men Victor då?” frågade Hanna. 
     ”Han filmar, han är inte här. Han vet ingenting om det som har hänt. Inte än”, sa Ingrid.
     ”Får jag aldrig mer träffa honom?”
     Hanna var så trött att hon inte orkade vänta på svaret. Hon kröp ihop i fosterställning i baksätet, slöt ögonen. Hon ville inte ens krama Ingrid.
     ”När Daisy hade startat motorn lutade sig Ingrid in genom det öppna fönstret. Hon lade ett skissblock och ett pennskrin på Hannas mage.

                                       le 24 Juin 2026 à 10h56 - Galerie l'Estampe, Strasbourg
                                                         Daniel Depoutot, plasticien sculpteur

     ”Du får mina bästa pennor, de med mina initialer. Allt kommer att bli bra, lilla hjärtat. Måla Solhem när du saknar oss, du kommer att ha kvar oss alla i ditt minne, det kan ingen ta ifrån dig”, viskade hon.
     Hon drog ut huvudet från fönstret och nät hon hade backat nåra steg började Daisy köra. Vart visste hon inte, till ett hotell kanske, eller till någon annan vän. Hon hade några som hon kunde lita på, några som lyssnade mer på sina hjärtan än på lagar och regler.
     Hon såg Ingrid i backspegeln när hon långsamt körde genom allén, såg henne krypa ihop och hulka av gråten, falla fram på knä, omgiven av John och Grace. Gestalterna blev mindre och mindre, suddades ut av skymningen och försvann ur sikt.
     Bilvraken var redan bortbogserade när hon svängde upp på landsvägen, men inte askan och splittret. Glaset på vägbanan glittrade i skenet av billyktorna. Hon höll blicken fäst långt fram, gasade för att komma förbi. Hanna kravlade sig upp och hängde över ryggstöden, blickade ut genom den lilla bakrutan. 
     ”Allt kommer att bli bra”, sa Daisy.
     Det var det enda hon kunde komma på att säga.

     Ils s'aidèrent mutuellement à porter les affaires à travers la forêt, jusqu'à la voiture de Daisy garée devant la maison. Ils durent faire plusieurs allers-retours, le coffre rempli de toiles enroulées et de croquis. Les enfants sortirent de la maison, John tenant Grace par la main. Grace sursauta en apercevant Hanna, se dégagea et se jeta dans ses bras en éclatant d’un rire mouillé dans des gargarismes.
     « Nanna », s’écria Grace en embrassant ses joues. 
     Hanna s’agenouilla dans le gravier, serrant la petite fille contre elle, comme si elle ne voulait plus jamais la lâcher. Ingrid dut presque la tirer de force pour l’enlever de ses bras. Elle installa Hanna sur la banquette arrière. 
     « Allez hop maintenant, vous devez vous en aller », dit-elle.
     « Mais pour Victor, on fait quoi ? » demanda Hanna. 
     « Il est sur un tournage, il n’est pas là. Il ne sait rien de ce qui s’est passé. Pas encore », répondit Ingrid.
     « Je ne le reverrai plus jamais ? »
     Hanna était si fatiguée qu’elle n’avait pas la force d’attendre la réponse. Elle se recroquevilla en position fœtale sur la banquette arrière et ferma les yeux. Elle ne voulait même pas serrer Ingrid dans ses bras.
     « Lorsque Daisy eut démarré le moteur, Ingrid se pencha par la fenêtre ouverte. Elle posa un carnet de croquis et une trousse à crayons sur le ventre d’Hanna.
     « Je te laisse mes meilleurs crayons, ceux avec mes initiales. Tout ira bien, mon petit cœur. Dessine Solhem quand nous te manquerons, tu nous garderas tous dans ta mémoire, personne ne pourra te l’enlever », murmura-t-elle.
     Elle retira la tête de la fenêtre et, après avoir reculé de quelques pas, Daisy se mit en route. Elle ne savait pas où, peut-être vers un hôtel, ou chez un autre ami. Elle en avait quelques-uns en qui elle pouvait avoir confiance, des gens qui écoutaient davantage leur cœur que les lois et les règles.
     Elle vit Ingrid dans le rétroviseur alors qu’elle roulait lentement dans l’allée, la vit se recroqueviller et sangloter, s'effondrer à genoux, entourée de John et Grace. Les silhouettes devenaient de plus en plus petites, s’estompaient dans le crépuscule et disparaissaient de sa vue.

Garçon et corneille, Akseli-Gallen Kallela, peintre finlandais
Musée d'Art Ateneum - Helsinki, le 20 août 2016 à 12h08

     Les épaves avaient déjà été remorquées lorsqu’elle s’engagea sur la route du Comté, mais cendres et débris étaient encore éparpillés partout. Les éclats de verre sur la chaussée scintillaient à la lueur des phares. Elle garda le regard fixé au loin et accéléra pour les voir disparaitre. Hanna se redressa tant bien que mal et se pencha par-dessus les appuie-têtes, jetant un œil par la petite lunette arrière. 
     « Tout ira bien », dit Daisy.
     C’était la seule chose qu'elle était capable de dire.

---------------------------------

le chapitre 88 du roman, page 302

Låta ödet ha sin gång.

Laissons le destin suivre son cours.

-------------------------

le chapitre 89 du roman, page 303 à 304

Tjocka gardiner täckte fönstret så att inte ens en strimma dagsljus kunde leta sig in. Det var mörkt och luktade unket, av svett och damm och gamla matrester. Smutsiga kläder, böcker och tidningar låg i högar på golvet. Det stod en bricka på sängbordet, maten på tallriken låg kvar, kallnad, intorkad. Glaset med mjölk var bara till hälften urdrucket.
Daisy stannade i dörröppningen, betraktade den krumma kroppen som avtecknade sig under täcket, det toviga håret som inte hade blivit borstat på länge. En hel månad hade passerat. En månad utan rörelse, ord eller glädje. Hannas rum var som ett svart hål. Som helvetet självt. Ett sorgens fäste där livet inte längre fick plats.
     Daisy ilsknade till, hon travade fram till fönstret och drog isär gardinerna. Sedan ryckte hon av täcket och slängde det på golvet.
     ”Det räcker nu, upp med dig!” fräste hon barskt. 
     Men hon väckte inte Hanna, hon väckte bara rädslan. Och plötsligt var det ingen ung kvinna som låg där framför henne, i sängen. Det var en liten flicka som skräckslaget kravlade sig mot väggen, stirrade på henne. Och sedan kom gråten, paniken och den väsande andningen. 
     ”Hanna, snälla, förlåt. Jag menade inte att skrämma dig.”
     Hon satte sig på sängkanten och flätade in sin hand i hennes. Kände darrningarna.
     ”Jag vet att du längtar hem till Solhem”, sa hon. ”Men du är här nu. Du måste börja leva snart, du har bara ett liv. Åker du tillbaka får du ändå inte bo där. Du kommer att hamna i en ny fosterfamilj, eller än värre, hos din mamma.”

Golfe de Finlande - Convoi d'un enfant mort, Albert Gustav Edelfelt, peintre finlandais
Musée d'Art Ateneum - Helsinki, le 20 août 2016 à 12h11 / après mon Nordkapp 2.0 à vélo

De gros rideaux recouvraient la fenêtre, empêchant le moindre rayon de lumière du jour de s’infiltrer. Il faisait sombre et il régnait une odeur putride, mêlée de sueur, de poussière et de vieux résidus alimentaires. Des vêtements sales, des livres et des journaux s’empilaient sur le sol. Un plateau était posé sur la table de chevet, la nourriture dans l’assiette était restée là, refroidie et séchée. Le verre de lait n’était bu qu’à moitié.
      Daisy s’arrêta dans l’embrasure de la porte, observant le corps recroquevillé qui se dessinait sous la couverture, les cheveux emmêlés qui n’avaient pas été brossés depuis longtemps. Un mois entier s’était écoulé. Un mois sans mouvement, sans paroles, sans joie. La chambre de Hanna était comme un trou noir. Comme l’enfer lui-même. Une casemate de deuil où la vie n’avait plus sa place.
     Prise de rage, Daisy s’emporta, elle se précipita vers la fenêtre et tira les rideaux. Puis elle arracha la couverture et la jeta à terre.
     « Maintenant ça suffit, debout ! » siffla-t-elle d’un ton sec. 
     Mais elle ne réveilla pas Hanna, elle ne fit que réveiller l'épouvante. Et soudain, ce n’était plus une jeune femme qui gisait là devant elle, dans le lit. C’était une petite fille qui, terrorisée, rampait vers le mur, les yeux rivés sur elle. Puis vinrent les sanglots, la panique et la respiration sifflante. 
     « Hanna, je t’en prie, pardonne-moi. Je ne voulais pas te faire peur. »
     Elle s’assit sur le bord du lit et entrelaça sa main avec la sienne. Elle sentait ses tremblements.
     « Je sais que tu as hâte de rentrer à Solhem », dit-elle. « Mais tu es ici maintenant. Tu dois commencer à vivre, bientôt, tu n’as qu’une seule vie. Si tu y retournes, tu ne pourras de toute façon pas y rester. Tu seras placée dans une nouvelle famille d’accueil, ou pire encore, tu te retrouveras chez ta mère. »

     ”Jag kan lika gärna dö”, mumlade Hanna. ”Jag har inget att leva för längre. Jag har förlorat allt som betyder någonting.”
     ”Nej, det har du inte. Inte mig. Och inte konsten. Det kommer att bli bra, jag lovar dig det.”
     Men Hanna reagerade inte på hennes tröstande ord. Hon var som ett tomt trasigt skal, det var som om någonting redan hade dött inom henne. Daisy dröjde sig kvar på sängkanten en stund, men till slut gav hon upp. Hanna låg med ryggen mot henne, dolde tårarna i den redan fläckiga kudden.
     ”Jag går till ateljén nu, kom dit, måla med mig”, vädjade Daisy innan hon gick.
     När hon stängde dörren hörde hon hur Hanna viskade någonting där inne. Hon dröjde sig kvar, lämnade en springa öppen och lyssnade. Hon kunde bara urskilja enstaka ord, det mesta dränktes av gråten och de hesa andetagen.

     ”Erik… min ängel… hjälp mig…”

chez le peintre suédois Carl Larsson,
à Sundborn en Dalécarlie, le 02 août 2017 à 14h37, en MGB

     « Je ferais mieux de mourir », marmonna Hanna. « Je n’ai plus aucune raison de vivre. J’ai perdu tout ce qui comptait pour moi. »
     « Non, ce n’est pas vrai. Tu ne m’as pas perdue, moi. Ni l’art. Tout ira bien, je te le promets. »
     Mais Hanna ne réagit pas à ses paroles réconfortantes. Elle était comme une coquille vide et cassée, c’était comme si quelque chose était déjà mort en elle. Daisy s’attarda un moment au bord du lit, mais finit par abandonner. Hanna était allongée, lui tournant le dos, cachant ses larmes dans l’oreiller déjà taché.
     « Je vais à l’atelier maintenant, viens là-bas, peins avec moi », supplia Daisy avant de partir.
     En fermant la porte, elle entendit Hanna murmurer quelque chose à l’intérieur. Elle s’attarda, laissa la porte entrouverte et tendit l’oreille. Elle ne parvenait à distinguer que quelques mots épars, le reste était noyé dans les sanglots et les halètements rauques.
     « Erik… mon ange… aide-moi… »

---------------------

     Hon skissade fram någonting som liknade en vinge, med yviga fjädrar, mjuka och runda som bomull. Skuggor växte fram under hennes hand, skiftningar och konturer. Hon använde knogen för att sudda ut, göra övergångarna mjuka. Hela pappret fylldes med grå toner, ut i varje hörn. Men när hon var färdig rev hon av sidan, knölade ihop den och slängde den på golvet. Sedan började hon om. Samma motiv, andra linjer. Pappersnystanen växte runt henne. Hon tycktes aldrig nöjd, verkade besatt av att få fram den perfekta bilden. Hon målade hela vingar, halva vingar, enstaka fjädrar. Nakna kroppar växte fram ur dem, med perfekt anatomi, tydligt avtecknade muskler. Kroki, fast med den levande modellen sparad i minnet.
     Daisy lät henne hållas. Hon ställde fram vatten att dricka. Tände lampan när det började skymma.
     ”Jag behöver större papper, mycket större”, sa Hanna när skissblocket var slut och golvet täckt av ratade bilder.
     ”Det finn si ateljén, det vet du. Papper i alla storlekar. Ska du inte gå dit, måla lite?”

     Elle esquissa quelque chose qui ressemblait à une aile, avec des plumes diaphanes, douces, rondes comme du coton. Des ombres grandissaient sous sa main, des nuances et des contours. Elle utilisait le bout de son doigt pour estomper, adoucir les transluminescence. Toute la feuille se remplissait de tons gris, jusque dans chacun des coins. Mais lorsqu’elle eut terminé, elle arracha la page, la froissa et la jeta à terre. Puis elle reprit dès le début. Même motif, autres traits. L'enchevêtrement de papier froissé s’accumulait autour d’elle. Elle ne semblait jamais satisfaite, comme obsédée par la recherche de l’image parfaite. Elle dessinait des ailes entières, des moitiés d'ailes, des plumes isolées. Des corps nus en émergeaient, à l’anatomie parfaite, aux contours des muscles fidèlement dessinés. Des croquis, mais avec le modèle plein de vie sauvegardé dans sa mémoire.
     Daisy la laissait se mouvoir. Elle lui apportait de l’eau à boire. Elle allumait la lampe quand la nuit commençait à tomber.
     « J’ai besoin de papier plus grand, beaucoup plus grand », disait Hanna quand le carnet de croquis était épuisé et que le sol était recouvert d’images évacuées.
     « Il y en a dans l’atelier, tu le sais bien. Du papier de toutes les tailles. Tu n'y vas pas, peindre un peu ? »

---------------

 

 

le chapitre 92 du roman  Brooklyn, november 1983page 310

Det enorma rummet var fyllt med änglar. Stora vingar i brons, surrealistiska i sin form, smärtsamt vridna. Oljemålningar med tjock struktur och gips som utfyllnad. Brunrosa fonder, inslag av smaragdgrönt och turkost, smala ådror av guld och silver. Kroppar, nakna, och ansikten tecknade med perfektion men sedan översållade med grova penseldrag av färg och ord i otydbar skrivstil. Bara ögonen var rena från färgstreck och kladd, skrämmande naturalistiska stirrade de tillbaka på betraktaren.

        chez le peintre suédois Marc Savior
        à Visby, Gotland, le 14 octobre 2022 à 12h04, à vélo

     Daisy gick ett varv, hennes höga klackar klapprade mot betonggolvet, ekot leddes upp och tonade ut i takrymden där skyskrapornas upplysta fönster glimmade som stjärnor genom det välvda takfönstret. Hon rättade till belysningen på n9gra av statyerna, klättrade upp på en stol och riktade lampan så att den föll precis rätt, så att den fick bronset att skimra och skuggorna från vingarnas ojämnheter att falla rätt. Hennes långa silverfärgade klänning hade ett släp som ständigt fastnade. Hon ryckte loss det, tvinnade det runt handleden. Sedan gick hon vidare, in i andra rum med konst i en annan stil. Hon rättade till tavlor, riktade belysning, talade med de unga kreatörerna, försökte mildra deras ångest.
     Hon hittade Hanna i ett hörn i entrén. Hon var blek. Det röda läppstiftet stod i skarp konstrast till den nästan vita hudtonen. Hennes vida svarta tyllkjol vällde ut över hennes ben. Ett par högklackade skor låg slängda bredvid hennes nakna fötter. Hon böjde och sträckte på tårna, i övrigt var hon helt stilla.
     Drygt två år hade passerat sedan den dagen då Hanna förde kolkritan till pappret. Två år av långa dagar, sena nätter, euforisk kreativitet. Av teckning, målning och skulptur. Hon var besatt, gjorde ingenting annat. Pratade knappt om någonting annat. Hennes liv var konst och Daisy gjorde sitt bästa för att handleda henne i användningen av de nya materialen. Ibland oroade hon sig för Hannas mentala hälsa, för att hon skulle bli galen. Men hon kunde inte stoppa henne. Det var som en urkraft.

L'immense pièce était occupée de partout par des anges. De grandes ailes en bronze, aux formes surréalistes, douloureusement tordues. Des peintures à l'huile à la croute épaisse, rehaussées de plâtre. Des fonds brun-rose, des touches de vert émeraude et de turquoise, de fines veines d'or et d'argent. Des corps nus et des visages dessinés à la perfection, mais ensuite recouverts de grossiers coups de pinceau de peinture et de mots écrits d’une écriture illisible. Seuls les yeux étaient épargnés par ces traits de peinture et ces gribouillis, d’un naturalisme effrayant, ils fixaient le spectateur en retour.
     Daisy fit le tour de la pièce, ses talons hauts claquaient sur le sol en béton, l’écho remontait et s’estompait dans la voûte du plafond où les fenêtres illuminées des gratte-ciels scintillaient comme des étoiles à travers la verrière. Elle ajusta l’éclairage de certaines statues, grimpa sur une chaise et orienta la lampe pour que la lumière tombe exactement comme il fallait, de sorte que le bronze scintille et que les ombres créées par les irrégularités des ailes tombent correctement. Sa longue robe argentée avait une traîne qui s’accrochait sans cesse. Elle la détacha d’un coup sec et l’enroula autour de son poignet. Puis elle poursuivit son chemin, entrant dans d’autres salles où étaient exposées des œuvres d’un style différent. Elle réajusta des tableaux, orienta l’éclairage, discuta avec les jeunes créateurs, s’efforçant d’apaiser leur angoisse.
     Elle trouva Hanna dans un coin de l’entrée. Elle était pâle. Son rouge à lèvres rouge contrastait fortement avec son teint presque blanc. Sa large jupe en tulle noir tombait en cascade sur ses jambes. Une paire de chaussures à talons hauts était jetée à côté de ses pieds nus. Elle fléchissait et tendait les orteils, mais pour le reste, elle restait parfaitement immobile.
     Un peu plus de deux ans s’étaient écoulés depuis le jour où Hanna avait posé le fusain sur le papier. Deux années de longues journées, de nuits tardives, de créativité euphorique. De dessin, de peinture et de sculpture. Elle était obsédée, ne faisait rien d’autre. Ne parlait pratiquement de rien d’autre. Sa vie était l’art et Daisy faisait de son mieux pour la guider dans l’utilisation de ces nouveaux matériaux. Parfois, elle s’inquiétait pour la santé mentale d’Hanna, craignant qu’elle ne devienne folle. Mais elle ne pouvait pas l’arrêter. C’était comme une force primitive. 

-----------------------

le chapitre 98 du roman  page 329 à 331

Hanna.
     John hade inte sett henne sedan den där dagen då hon försvann från sjöboden, dagen då Erik dog, då allt blev kaos. Då var hon en späd tonåring, han bara en pojke. Nu var det en sliten medelålders kvinna som stod framför honom. Gråhårig, rynkig. Han letade i hennes ansiktsdrag, efter någonting han kunde känna igen. Men hon såg så främmande ut.
     ”Är inte du död?” frågade han förvirrat.      Hon svarade med ett skratt. Precis samma skratt som förr, rakt ut bara, porlande. Nu kände han igen henne.
     ”Jag lever, det ser du väl. John, vad gör du här?”
     ”Jag slaggar här.”
     ”Va? Fick du ärva hela huset efter Ingrid?”     Han tvekade innan han förläget skakade på huvudet.
     ”Nej, jag bröt mig in när jag fick reda på att hon var död. Jag så det i tidningen. Huset var övergivet så jag… stannade kvar…”
     Hanna slog armarna om honom. Beröringen kändes ovan, han stod stel och orörlig i hennes famn, höll andan. Hon släppte taget till slut, rynkade på näsan.
     ”Du stinker”, konstaterade hon och strök honom över det toviga håret, det lilla som fanns kvar och dolde de kala fläckarna. Han ryggade undan, hennes fingrar fick huden att ila. 
     ”Vattnet fungerar inte”, sa han och gnuggade sig över hjässan med knogen. [...]

 Akseli-Gallen Kallela, peintre finlandais Musée d'Art Ateneum - Helsinki, le 20 août 2016 à 12h19
"La Mère de Lemminkäinen", peinture mythologique illustrant un épisode du Kalevala,
l'épopée composée par Elias Lönnrot: la mère de Lemminkäinen aperçoit l'abeille
qui va le ressusciter alors qu'elle est assise à côté de son corps mort
sur les rives de Tuonela, le royaume des morts, d'où un cygne les nargue. 

Hanna.
     John ne l’avait pas revue depuis ce jour-là où elle avait disparu du hangar au bord de la mer, le jour où Erik était mort, où tout s'était transformé en chaos. À l’époque, c’était une adolescente frêle, et lui n’était qu’un garçon. À présent, c’était une femme d’âge mûr, marquée par le temps, qui se tenait devant lui. Les cheveux gris, le visage ridé. Il scruta les traits de son visage, à la recherche de quelque chose qui lui soit familier. Mais elle lui semblait si étrangère.
     « Tu n’es pas morte ? » demanda-t-il, désemparé.      Elle répondit par un rire. Exactement le même rire qu’autrefois, franc et joyeux. Là, il la reconnaissait.
     « Je suis bien vivante, tu le vois bien. John, qu’est-ce que tu fais ici ? »
     « Ici, je fouille un peu partout. »
     « Quoi ? Tu as hérité de toute la maison d’Ingrid ? »      Il hésita avant de secouer la tête, embarrassé.
     « Non, je suis entré ici par effraction quand j’ai appris qu’elle était morte. Je l’ai lu dans le journal. La maison était abandonnée, alors je… je suis resté… »
     Hanna l’enlaça. Ce contact lui semblait étrange, il resta là, en état de choc, immobile dans ses bras, retenant son souffle. Elle le lâcha finalement, en plissant le nez.
     « Mais qu'est-ce que tu schlingues », constata-t-elle en lui caressant les cheveux emmêlés, le peu qui restait et qui cachait les zones de calvitie. Il recula d’un pas, les doigts de Hanna lui donnaient des frissons sur la peau. 
     « L’eau est coupée », dit-il en se frottant le haut du crâne avec une phalange pliée sur elle-même. [...]  

     ”Jo, jag har inga planer på att sticka, inte just nu i alla fall.”
     ”Men någon äger väl huset?”
     ”Jag vet inte. Jag har inte sett någon här, inte sedan jag kom hit.”
     ”Är du inte rädd för att polisen ska ta dig?”
     ”Nej. Det är bara skönt i häktet, man får mat där, flera gånger om dagen.”
     ”Hur länge sedan var det som du bröt dig in?”
     ”Jag minns inte, det regnade, det var kallt men det var innan alla löven föll, innan snön. Några veckor sedan kanske.”
     ”Men John, jobbar du inte? Hur kan du bara vara här, hur får du mat? Du är väl inte…”
     Hanna granskade honom igen, dröjde kvar med blicken på hans händer. De var blåröda, naglarna var tjocka och några hade gulnat av svampinfektion. [...]

     « Jôh, je n’ai pas de plan pour me barrer, en tout cas pas juste là comme ça. »
     « Mais quelqu’un est bien propriétaire de cette maison ? »
     « Je ne sais pas. Je n’ai vu personne ici, pas depuis que je suis arrivé. »
     « Tu n’as pas peur que la police t’arrête ? »
     « Non. C’est plutôt agréable en détention provisoire, on y reçoit à manger, plusieurs fois par jour. »
     « Ça fait combien de temps que tu t’es introduit ici par effraction ? »
     « Je ne m’en souviens pas, il pleuvait, il faisait froid, mais c’était avant que toutes les feuilles ne tombent, avant la neige. Il y a quelques semaines peut-être. »
     « Mais John, tu ne travailles pas ? Comment peux-tu simplement rester ici, comment te nourris-tu ? Tu n’es tout de même pas… »
     Hanna l’examina à nouveau, s’attardant du regard sur ses mains. Elles étaient bleu-rouge, ses ongles étaient épais et certains avaient jauni à cause d’une mycose. [...]

------------------------

le chapitre 101 du roman  page 343 >>>   Torpet, november 2021   -  La ferme

[...] Hon drog ut snickarbänken från väggen, visade baksidan på skåpet inunder. Den var målad med små figurer i olika situationer, som en serietidning, tecknad med ett barns naiva penselstreck. Ett hus och en sol och ett träd, en stor skog. En sjö och en fisk som dras upp med ett metspö. Den stora och den lilla streckgubben på en brygga.
     ”Titta, alla mina teckningar finns kvar. Morfar lätt mig rita där, när han jobbade. Det är allt som vi brukade göra tillsammans”, sa hon och strök över den bleka färgen med pekfingret.
     ”Jag minns din morfar, jag minns Knut”, sa John. ”Hur han alltid spelade, på sitt munspel. Han lärde mig, jag kan fortfarande några melodier. Jag har ett munspel i min ryggsäck.”
     ”Han spelade, och vi, vi dansade. Minns du det?” sa Hanna och log. Hon knuffade in snickarbänken mot väggen igen. Tog hasande steg över golvet och slog sedan armarna om axlarna, som om hon frös.

                               le 24 Juin 2026 à 10h39 - Galerie l'Estampe, Strasbourg
                                                     Daniel Depoutot, plasticien sculpteur

     ”Usch, det är så kallt här, jag måste nog isolera om jag ska kunna jobba här. Vi går in i huset.”
     John tittade på föremålen som låg på snickarbänken och på golvet. Delar av Solhem. 
     ”Varför har du förstört Solhem? Vad ska du göra med allt det där?”
     Hanna förde handen till huvudet, kliade sig lite i håret.
     ”Jag vet inte. Jag ville bara ha det, det är som minnen i fysisk form. Jag kunde inte låta dem vara kvar där.”

[...] Elle fit ripper l'établi loin du mur et montra l'arrière du coffre qui se trouvait en dessous. Il était peint de petits personnages dans différentes postures, comme dans une bande dessinée, dessinés avec les traits naïfs d'un enfant. Une maison, un soleil, un arbre, une grande forêt. Un lac et un poisson remonté à l'aide d'une canne à pêche. Le grand et le petit bonhomme-allumette schématisés sur un ponton.
     « Regarde, tous mes dessins sont encore là. Grand-père me laissait dessiner là-bas quand il travaillait. C’est tout ce qu’on faisait ensemble », dit-elle en effleurant du bout de l’index la peinture délavée .
     « Je me souviens de ton grand-père, je me souviens de Knut », dit John. « Comment il jouait tout le temps de son harmonica. Il m’a appris, je connais encore quelques mélodies. J’ai un harmonica dans mon sac à dos. »
     « Il jouait, et nous, nous dansions. Tu t’en souviens ? », dit Hanna en souriant. Elle fit de nouveau glisser l’établi contre le mur. Elle marqua sur le sol quelques pas traînants, puis enlaça ses épaules de ses bras, comme si elle avait froid.
     « Usch, il fait tellement froid ici, je vais devoir isoler la pièce si je veux pouvoir y travailler. Hop maintenant, on rentre dans la maison. »
     John regarda les objets posés sur l’établi et à terre. Des fragments de Solhem. 
     « Pourquoi as-tu détruit Solhem ? Qu’est-ce que tu vas faire de tout ça ? »
     Hanna porta la main à sa tête et se gratta légèrement les cheveux.
     « Je ne sais pas. Je voulais juste les avoir, ce sont comme des souvenirs sous forme matérielle. Je ne pouvais pas les laisser là-bas. »

--------------------

le chapitre 102 du roman  page 347

[...]     ”Har du sett Eriks grav?”     [...]     « Tu as vu la tombe d’Erik ? »

     ”Finns den här? På Solhem?”
     John nickad. Han hade upptäckt herrgårdens gamla begravningsplats en dag när han vandrade runt och letade efter ved. Eriks grav hade ett enkelt kors i järn, under ett äppelträd. Ett ensamt E inristat i skrivstil fick honom att förstå att det var hans. Platsen låg i närheten av sjöbodens där Erik och Hanna hade bott. 
     ”Jag vet att du älskade honom”, sa han med munnen full, han brukade smyga på dem, brukade höra deras röster, ana deras nakna kroppar där inne. ”Jag kan visa dig graven, om du vill. I morgon, när det ljusnar igen.”
     ”Erik”, sa Hanna, tårar trängde fram i hennes ögon när hon uttalade hans namn. Hon slet ner en jacka från kroken, krängde på sig den och greppade en ficklampa.
     ”Nej, jag vill se den nu”, sa hon och öppnade dörren. 

 le 24 Juin 2026 à 10h40 - Galerie l'Estampe, Strasbourg     |     Daniel Depoutot, plasticien sculpteur


     ”Men det snöra”, protesterade John. Han satt kvar, tog mer mat på gaffeln.
     Vinden blåste in genom den öppna dörren och fick honom att huttra. Han reste sig motvilligt och drog på sig jackan. Han följde Hannas fotspår i den vita nyfallna snön på den smala stigen genom skogen, den som ledde ner till vattnet. Ljuset från ficklampan vacklade mellan trädens svarta silhuetter. Hanna gick fort, hon nästan småsprang. Han haltade efter, så fort han kunde.
     Till sist kom de fram till slänten ner mot vattnet. Då tvärstannade Hanna och räckte över ficklampan till honom.
     ”Var?” sa hon. ”Visa mig.”
     John tog några steg framåt, sökte med ljusstrålen, det var svårt att orientera sig i mörkret. Han svepte förbi graven, fick vända tillbaka igen. Strålen lyste bara upp det snötäckta korset.
     Hanna skyndade fram och sjönk ner på huk, lade handflatorna mot den kala blöta marken.
     ”Erik”, viskade hon svagt.

     « Est-ce qu’il est là ? À Solhem ? »
John acquiesça d’un signe de tête. Il avait découvert l’ancien cimetière du manoir un jour où il se promenait à la recherche de bois de chauffage. La tombe d’Erik était marquée d’une simple croix en fer, sous un pommier. Un « E » solitaire, gravé en écriture cursive, lui avait fait comprendre qu’il s’agissait de la sienne. L’endroit se trouvait près du hangar au bord de la mer où Erik et Hanna avaient vécu. 
     « Je sais que tu l’aimais », dit-il la bouche pleine, il avait l’habitude de les épier, d’entendre leurs voix, d’imaginer leurs corps nus là-dedans. « Je peux te montrer la tombe, si tu veux. Demain, quand il fera jour. »
   
 « Erik », dit Hanna, des larmes lui montèrent aux yeux lorsqu’elle prononça son nom. Elle arracha une veste du crochet, l’enfilait à la hâte et saisit une lampe de poche.
     « Non, je veux la voir maintenant », dit-elle en ouvrant la porte. 
     « Mais il neige », protesta John. Il resta assis, se servant une nouvelle portion de nourriture avec sa fourchette.
     Le vent s’engouffrait par la porte ouverte et le faisait frissonner. Il se leva à contrecœur et enfila sa veste. Il suivit les traces de Hanna dans la neige blanche fraîchement tombée, sur l’étroit sentier qui traversait la forêt et descendait vers l’eau. La lumière de la lampe de poche vacillait entre les silhouettes noires des arbres. Hanna marchait vite, elle courait presque. Il la suivait en boitant, aussi vite qu’il le pouvait.
     Finalement, ils arrivèrent à la pente qui descendait vers l’eau. Hanna s’arrêta net et lui tendit la lampe de poche.
     « Où ? » dit-elle. « Montre-moi. »
     John fit quelques pas en avant, cherchant du regard avec le faisceau lumineux, il était difficile de s’orienter dans l’obscurité. Il passa à côté de la tombe, puis dut rebrousser chemin. Le faisceau n’éclairait que la croix recouverte de neige.
     Hanna s’empressa de le rejoindre et s’accroupit, posant ses paumes sur le sol nu et humide.
     « Erik », murmura-t-elle faiblement.

-----------------------------------

le chapitre 108 du roman  page 362

Hanna slog på högtalaren när Susann ringde tillbaka. De satte sig ner och lyssnade, på ett av trappstegen. Hanna lutade kinden mot Johns axel när de fick höra om det ofattbar, om föräldrarna som fick tillbaka flickan, om olyckan, om hur hon föll flera våningar, ner på asfalten. Om hur de hade hittat narkotika i hennes blod under obduktionen. Kanske hade hon av misstag fått i sig av det som föräldrarna missbrukade, kanske hade de gett henne lite för att få henne lugn. Ingen visste. Men föräldrarna fick fängelse, båda två.
     Flickan som var så levande i deras minne, hon som dansade och skrattade på Ingrids gamla filmer. Hon var död. Död och begraven. Liksom Erik. Och Victor. Och Ingrid. John kände tårarna fylla ögonen, svämma över, rinna ner över kinderna. Det kom bara fler och fler, han drog med tröjärmen över ögonen, torkade och torkade. Det gick inte att sluta, det var som att år av sorg fick sitt utlopp. Hanna höll honom nära, och han återupplevde barndomen för en sekund, alla gånger då hon stöttat honom, när han var liten och bråkig och hade gjort fel. All saknad och tomhet han hade känt när hon försvann, vilsenhetens oreda som följde.
     ”Allt kommer att bli bra, John. Du klarar det här”, viskade hon, precis så som hon hade gjort när de var små.
     De förblev sittande där länge, i en ordlös omfamning som aldrig ville ta slut. Men till sist krånglade sig Hanna loss. John släppte motvilligt taget. Gråten ville inte upphöra, tårarna fortsatte att rinna ner för kinderna. Han snörvlade. 
     ”Hämta alla dina saker nu, du får bo i torpet tills vidare. Vi ska nog inte gå in här mer, det räcker nu.”

                              Akseli-Gallen Kallela, peintre finlandais Musée d'Art Ateneum - Helsinki, le 20 août 2016 à 12h34
                      Regardez bien le portrait de gauche, dans l'atelier du peintre, et relisez bien les extraits de ce chapitre 108

Hanna a mis le haut-parleur lorsque Susann a rappelé. Ils se sont assis sur une marche de l'escalier pour écouter. Hanna a posé sa joue contre l'épaule de John lorsqu'ils ont entendu parler de cette histoire inconcevable, des parents qui avaient retrouvé leur fille, de l'accident, de sa chute de plusieurs étages sur le bitume. Et du fait qu'on avait trouvé des traces de drogue dans son sang lors de l'autopsie. Peut-être avait-elle ingéré par inadvertance ce dont ses parents abusaient, peut-être lui en avaient-ils donné un peu pour la calmer. Personne ne le savait. Mais les parents ont été condamnés à une peine de prison ferme, tous les deux.
     La fillette qui était si vivante dans leur mémoire, celle qui dansait et riait sur les vieilles vidéos d’Ingrid. Elle était morte. Morte et enterrée. Tout comme Erik. Comme Victor. Comme Ingrid. John sentit les larmes lui monter aux yeux, déborder, couler le long de ses joues. Elles ne cessaient de couler, il passa la manche de son pull sur ses yeux, s’essuyant encore et encore. Impossible de s’arrêter, c’était comme si des années de détresse trouvaient enfin leur exutoire. Hanna le serrait contre elle, et il revécut son enfance l’espace d’une seconde, tous ces moments où elle l’avait soutenu, quand il était petit et turbulent et qu’il avait fait des sottises. Tout le manque et le vide qu’il avait ressentis quand elle avait disparu, le désarroi et la confusion qui avaient suivi.
     « Tout ira bien, John. Tu vas t’en sortir », murmura-t-elle, exactement comme elle l’avait fait quand ils étaient petits.
     Ils restèrent assis là longtemps, dans une étreinte silencieuse qui semblait ne jamais vouloir finir. Mais finalement, Hanna se dégagea péniblement. John relâcha son étreinte à contrecœur. Les sanglots ne voulaient pas s’arrêter, les larmes continuaient de couler sur ses joues. Il reniflait. 
   « Va chercher toutes tes affaires maintenant, tu vas habiter dans la ferme jusqu’à nouvel ordre. On ne devrait plus revenir ici, ça suffit maintenant. » 

[...]

     ”Mitt hem fanns kvar, allting såg ut precis som förut. Jag skulle bara titta, ta med mig trappsteget hem, och några av de små möblerna.”
     ”Ditt hem?”
     John förstod inte vad hon pratade om. Han sträckte på sig för att de bättre. Då såg han de små möblerna som stod där nere, omsorgsfullt vikta av papp. Som ett litet dockskåp, gömt under trappsteget. Hade det alltid funnits där?
     ”Ingrid hade gömt de här där”, sa Hanna och höll upp ett brevpapper. ”Breven från Daisy. Hon förstod nog att jag skulle hitta dem, om jag någonsin kom tillbaka hit. Jag borde ha förstått… at hon alltid fanns där, vid min sida. Hon lämnade mig aldrig.”

     « Mon chez moi était toujours resté là, tout était exactement comme avant. Je voulais juste jeter un coup d’œil, ramener la marche d’escalier chez moi, ainsi que quelques-uns de ces petits meubles. »
     « Ta maison ? »
     John ne comprenait pas de quoi elle parlait. Il se redressa pour mieux voir. C’est alors qu’il aperçut les petits meubles qui se trouvaient là en-dessous, soigneusement emballés dans du papier cartonné. Comme une petite armoire de poupée, cachée sous la marche d’escalier. Avait-elle toujours été là ?
     « Ingrid les avait cachés ici », dit Hanna en brandissant une feuille de papier à lettres. « Les lettres de Daisy. Elle avait sans doute compris que je les trouverais, si jamais je revenais ici. J’aurais dû comprendre… qu’elle était toujours là, à mes côtés. Elle ne m’a jamais abandonnée. »                   

 -----------------------------------

Tableau du peintre suédois Anders Zorn - au musée de Mora le 09 août 2017 à 10h11 
"Monsieur Mauri Aragonés à la cigarette invisible".
                      --------------------------
"I sina porträtt arbetade Zorn i hög grad mej ljuset.
Han delade ansiktet i två halvor och lät olika sidor av personligheten framträda varandra.
I porträttet av Monsieur Mauri lyckas han skapa en symbios mellan människas inre och yttre,
mellan anlets- och själsdrag
/

Dans ses portraits, Zorn travaillait intensément avec la lumière. 
Il divisait le visage en deux moitiés et permettait aux différentes facettes de la personnalité 
d'émerger les unes des autres.
Dans le portrait de Monsieur Mauri, il parvient à créer une symbiose
entre l'intérieur et l'extérieur de l'être humain,
entre les traits du visage et ceux de l'âme.

( Lars-Göran Oredsson )


le chapitre 109 du roman  page 369 sur 386

[...] Någon står där utanför och vill in. Hanna känner hjärtat rusa i bröstkorgen, hon trycker handen mot det, håller andan när en av poliserna reser sig och öppnar.
     En man står där, i dörröppningen. I handen håller han den lilla flicka med lockigt brunt hår som hon såg tidigare. Hanna reser sig upp, tar ett steg fram. Men hon når inte hela vägen fram. Hon vinglar och stannar.

[...] Quelqu’un se tient là, dehors, et veut entrer. Hanna sent son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine, elle pose sa main dessus et retient son souffle tandis qu’un des policiers se lève pour ouvrir.
     Un homme se tient là, dans l’embrasure de la porte. Il tient dans ses bras la petite fille aux cheveux bruns bouclés qu’elle avait vue tout à l’heure. Hanna se lève et fait un pas en avant. Mais elle n’arrive pas à aller jusqu’au bout. Elle vacille et s’arrête.
[...] ”Erik”, viskar hon förskräckt och stirrar i hans bruna ögon. In i exakt de ögon som hon har målat, i alla år, på alla tavlor. De som hon så desperat har försökt hålla kvar i livet och minnet. Nu är de där på riktigt, mitt framför henne. Levande. Hon tar stöd mot väggen för att inte ramla omkull. 
     ”Erik?” säger mannen och ser förvirrad ut. ”Nej, jag heter Magnus. Jag vet inte vem Erik är.”

     « Erik », murmure-t-elle, effrayée, en plongeant son regard dans ses yeux bruns. Exactement les yeux qu’elle a peints, toutes ces années, sur toutes ses toiles. Ceux qu’elle a désespérément tenté de garder en vie et dans sa mémoire. À présent, ils sont bien là, juste devant elle. Bien vivants. Elle s’appuie contre le mur pour ne pas s’effondrer. 
     « Erik ? », dit l’homme, l’air perplexe. « Non, je m’appelle Magnus. Je ne sais pas qui est Erik. »

-----------------------------------------------------------------

Ici le traducteur arrête le reportage sur sa traduction de 386 pages du roman "Det sista konstverket - La dernière oeuvre d'art" de Sofia Lundberg. Il reste 17 pages avant la fin. Nous ne saurons jamais, si mon enfant de la route de Nynäshamn, de mon dernier tableau - mitt sista konstverk - ci-dessus que j'ai terminé il y a deux mois, subitement après avoir traduit le chapitre 39, sortira des eaux et du bitume ou y séjournera. Les aides, les sollicitations, les énergies ascendantes auront-elles la force d'attraction ou ne parviendront-elles pas à ne plus laisser l'enfant couché dans l'attrition au regard de la force du désespoir? Il en va de même pour les enfants de ce roman de Sofia Lundgren, dans lequel des enfants, immergés en famille d'accueil, pour fuir la violence des parents biologiques, évoulent entre ciel et terre à des degrés variables, entre nuage, mer, bitume et tombe. Oui, dans le roman, l'un des enfants est tombé du 3ème étage sur le bitume (chapitre précédent 108). Ma peinture a une force prémonitoire. Mais d'autres enfants voguent encore un peu. La prémonition vagabonde encore.

Après avoir visité le 09 août 2017 le musée dédié au peintre Anders Zorn j'avais écrit ceci dans mon reportage >>> Je reviendrai encore souvent sur mon changement de régime. Pour aller au Cap Nord à vélo l'été dernier 2016 le temps n'existait pas pour moi une seconde sur mon expédition de 2865 kilomètres faits en 1 mois et 4 jours, avec 9 jours de pause inclus. Malgré l'effort physique je n'étais qu'une plume intemporelle et je n'avais plus de pensée. Cet été 2017 je n'arrive pas à avoir de notion de temps, du nombres de jours passés et des lieux où j'étais. Je dois consulter les dates et billets de mon travelblog. Je me sens comme un élastique sans savoir de quel côté je suis étiré. Au début de ce voyage, à cause des répétitions de coincidences de destins, j'ai plusieurs fois écrit que le destin m'étire du passé vers une nouvelle lumière. Avec toutes ces nouvelles choses que je vois, je me perds. C'est joli que tout ceci, mais j'ai encore plus vivement l'impression que mon corps et mon esprit ne sont pas une unité et qu'ils ne vivent toujours pas la même chose. Après la visite du Fagus-Werk du Bauhaus de Walter Gropius en Allemagne j'ai appelé ma descente du vélo "le retour à la forme", car la nature n'a pas de forme, elle est, et car les choses ne sont que des variantes orthogonales. Cet été je vois des choses. Comme c'est curieux. Ça flatte la personne civilisée. <<<

-----------------------------------------------------------------

 

Je vous remets ma phrase-collier que je porte avec moi autour du cou depuis deux décennies
   >>> det finns ingen tillfällighet, det är bara ödet - il n'y a pas de coïncidences, ce n'est que le destin.

Ça n’a donc pas loupé, je vous livre les trois ultimes phrases du roman!    Lisez-les,   puis cliquez ici   et faites F11 sur le clavier.


les trois dernières phrases du dernier chapitre du roman, n° 111,  page 386

EPILOG

En stor silvergrå rundel höjer sig sakta över träden, reflekteras i en skimrande gata som skär över havet.
Solen har gått ner bakom skogen och det har slutat blåsa, det mörka vattnet ligger spegelblankt.
Stiltje.

Un grand disque gris argenté s’élève lentement au-dessus des arbres, se reflétant dans une rue chatoyante qui sépare en deux la mer.
Le soleil s’est couché derrière la forêt et le vent a cessé de souffler, l’eau sombre est lisse comme un miroir.
Sérénité.

 

 

31. octobre 2019

Das Haus der Arbeit de Walter Gropius

Ce billet est optimisé pour un écran 16/9.

Sous la République de Weimar l'économie allemande est en totale et brutale reconversion et passe aussi à la production de masse.

Un chômage de masse a conduit le gouvernement à lancer une politique de soutien au marché du travail et à créer des agences pour l'emploi dans le pays.
Celle de Dessau est construite 1928 par Walter Gropius et les bureaux sont agencés sur un demi-cercle.
Les 8 bureaux sont découpés comme des parts de tarte et chacun est chargé d'un corps de métier.

Il y a un sens de circulation fonctionnel pour les demandeurs d'emploi et comme à l'église les hommes et les femmes sont séparés!
Il y a des portes pour les hommes et des portes pour les femmes comme dans des WC.
C'est étrange pour l'esprit du Bauhaus qui se veut ouvert, radical et éloigné de toute forme de règles établies et de Conventions sociales.
Mais l'architecture du Bauhaus se veut absolument fonctionnelle et à une certaine idée de ce que doit être "l'Homme nouveau".

Tout près il y a sur une place publique un bronze de Karl Marx qui n'a pas été déboulonné depuis la réunification allemande.

Les briques ocres rappellent la Fagus-Werk.

Le toit est de verre et laisse passer la lumière.

 

 

 

 

 

.

Das Bauhaus: die Meisterhaüser von Walter Gropius für Kandinsky, Klee, Schlemmer...

 

Ce billet est optimisé pour un écran 16/9.

Vous avez ici les explications sur le Bauhaus, sur son fondateur Walter Gropius, sur les Meisterhaüser - les Maisons des Maîtres.

Ce soir ma voiture est exactement garée en face de la Maison de Wassily Kandinsky et de Paul Klee dans la Ebertallee à Dessau.
Ca pourrait ne pas faire plus d'effet, c'est comme si je me garais à Strasbourg dans le quartier des maraîchers à la Roberstau avant le Château Pourtalès.

Ces Maisons ne vous impressionnent pas, tellement nous sommes habitués à en voir de pareilles partout dans des lotissements et que l'on construit toujours.
Les Meisterhaüser datent de 1926 et ont été construites par Walter Gropius.

Ce quartier était une "Künstler-Kolonie - Colonie d'artistes" comme il n'y en a plus jamais eue nulle part.
Artistes, peintres, architectes, musiciens, romanciers, poètes, artisans, joailliers, chorégraphes, metteurs en scène, ébénistes, métalliers, chaudronniers, photographes, cordonniers, et bien sûr des centaines d'étudiants, étaient tous plus fous, plus radicaux, plus révolutionnaires les uns que les autres dans cette République de Weimar qui a aussi été la première démocratie allemande.

En 1933 les nazis ont tout fermé par la force, le harcèlement, les jugements devant les tribunaux et les arrestations.
Les nazis n'avaient pas apprécié la liberté et l'émancipation intellectuelles du Bauhaus. Hitler était prêt.
En 2019, lors du Centenaire du Bauhaus les nazis et autres extrêmes droites qui ne mettent même plus de masque
gagnent en Allemagne aux diverses élections et professent avec exactement les mêmes termes les saletés nazies.
Même le ministre-président de la Hesse a été assassiné à Kassel il y a 8 mois par un terroriste d'extrême droite de la AfD.

Mais le tout premier bâtiment du Bauhaus date de 1911. C'est la Fagus-Werk, l'usine à formes à chaussures construite par Walter Gropius et que j'ai visitée au début de ce voyage.

Die Meisterhaussiedlung avancierte zum Inbegriff der Künstlerkolonie des 20. Jahrhunderts. Wegweisende künstlerische Arbeiten der Klassischen Moderne entstanden in den kubischen Wohn- und Atelierhäusern. Außerdem galt die Siedlung als eine Art Experimentallabor des Bauhauses für das neue Wohnen. Mit Walter Gropius, Hannes Meyer und Ludwig Mies van der Rohe lebten hier alle drei Bauhausdirektoren Tür an Tür mit den Bauhauslehrern Laszlo Moholy-Nagy, Lyonel Feininger, Georg Muche, Oskar Schlemmer, Wassily Kandinsky sowie Paul Klee. Später kamen noch Anni und Josef Albers, Gertrud und Alfred Arndt, Gunta Stölzl sowie Lou und Hinnerk Scheper dazu.  

 

 

Le navire des ténèbres de Gotland m'amène jusqu'à la Maison de Kandinsky! De Klee! De Schlemmer! C'est le délire.

 

Ici, à Dessau, lors de cette folie créatrice du Bauhaus, il n'y a pas eu à négocier l'avancement autour de la ligne du partage des mondes, du monde du dessus et du monde du dessous, le monde entier a été déconstruit pour interpeller toutes les faces ignorées de l'art.

Une telle fulgurance est unique, une fulgurance en un même lieu, rassemblant les Maîtres et les étudiants!

Chaque minute, chaque mètre, chaque son, chaque escalier et balcon étaient un événement.

 

 

 

 

.

2. octobre 2019

100 Jahre Bauhaus 1919-2019

Pour le Centenaire du Bauhaus il y a au Fagus Werk une exposition dédiée à Walter Gropius, Wilhelm Wagenfeld et d'autres artistes et créateurs qui sont intervenus ou qui ont été des influenceurs majeurs. Le terme de designer est un anachronisme quand on parle du Bauhaus même si la modernité et l'intensité de leur engagement est le modèle pour tous nos designers contemporains.

La plupart de nos objets actuels de table comme d'ameublement sont toujours inspirés par le Bauhaus.

Le visage de Walter Gropius est partout.

La mise en œuvre et en abîme des couleurs primaires fait partie de la Charte Graphique du Bauhaus et Wassily Kandinsky a créé avec ces couleurs tout simplement l'art abstrait.

Walter Gropius a  réuni les architectes, les artistes, les ingénieurs, les artisans, les musiciens, les écrivains, les choréographes, les joailliers dans le Bauhaus. Ici nous avons un vélo Adler qui a dans le pédalier une boîte de 3 vitesses. Mon vélo Stevens a la boîte Pinion C.18 à 18 vitesses, et en 2014 j'avais été pour l'entreprise Pinion pilote d'essai avec mon trike quand j'ai rejoint pour la 1ère fois le Nordkapp. J'étais le seul en France qui avait fait adapter sur un vélo couché en 2013 un pédalier Pinion.

L'exposition au Fagus Werk s'appelle MUT, qui signifie Courage ou MOD en suédois.

C'est Oscar Schlemmer qui a créé le sigle du Bauhaus.

.

Les lignes obliques et en équerre sont une grammaire graphique du Bauhaus. Vous verrez plus bas que mon vélo électrifié Husqvarna à moteur Shimano est dessiné dans l'esprit du Bauhaus.

Vous voyez qu'un berceau n'avait plus besoin d'être rose ou bleu pastel pour statuer sur le genre du bébé et le fixer dans son behaviour qui était attendu de lui pour bien arrondir le cercle social.

.

Das Fagus Werk - Walter Gropius, le tout 1er bâtiment du Bauhaus de 1911

Bien que les villes de Weimar et de Dessau fêtent cette année le Centenaire du Bauhaus, c'est bien en 1911 que fût construit un bâtiment qui est composé de tous les éléments techniques et de style de ce mouvement appelé Bauhaus et initié par l'architecte Walter Gropius. Ceci est un petit clin d'oeil à mes anciens étudiants en Design et en Architecture. Aujourd'hui je suis pour la seconde journée de ma vie à la retraite et il paraît que je suis un senior.

Le Fagus Werk est classé Weltkulturerbe - Patrimoine de l'Humanité par l'UNESCO mais l'entreprise de formes à chaussures est toujours aujourd'hui le leader mondial dans ce secteur d'activité. Vous pouvez lire ici mes commentaires des années passées.

Vous remarquerez derrière les façades de verre les ouvriers qui travaillent et les escaliers typiques qui ont aussi inspiré les huiles de Oskar Schlemmer.

Depuis que j'ai vu un de ces escaliers du Bauhaus je ne peux plus jamais voir un escalier sans y penser. Regardez par exemple l'escalier de l'Université du Design et de l'Architecture à Umeå en Suède.

Le Bauhaus a su donner à la vie interne d'un bâtiment sa visibilité, sa lisibilité mais aussi sa verticalité justement grâce à cet escalier situé juste derrière la façade vitrée et sans mur porteur. Cette nouvelle dimension de l'habitant a justement beaucoup inspiré les peintres encore actuellement. Peut-être que le choix de l'exposition systématique de la verticalité de l'homme était en opposition aux cadavres gisants dans les champs de bataille de 14-18. Selon le Bauhaus, l'Homme qui monte et qui descend était un émerveillement à révéler. Pour un shaman de Laponie cet engouement à tirer l'Homme sur sa verticalité serait sûrement une connerie. Le shaman sait que l'Homme n'arpente ni l'horizontale ni la verticale du monde. L'Homme est au sein de l'espace et n'a pas à le border et à le saborder.

L'escalier devient fascinant et fait oublier en français la cage d'escalier ou le Treppenhaus en allemand qui est "maison de l'escalier", donc une maison cachée dans la maison où est fourbi un escalier.

Le Bauhaus est centré sur l'homme qui vit, qui bouge, qui travaille, qui monte et qui descend. Oskar Schlemmer a su donner avec ses tableaux l'excellence de l'Homme qui sait rejoindre par ses propres moyens le haut et le bas, et avec un courage d'à chaque instant. Dans le Bauhaus les peintures ne montrent pas d'horizons. On sent bien que Oskar Schlemmer s'appuie sur la dimension anthropologique de l'Homme pour révéler son occupation philosophique face aux éléments qu'il a construits. Le Bauhaus ne montre pas de peintures bucoliques de la nature et s'était totalement distancié du Jugendstil qui montrait aussi des mièvreries pseudo-érotiques.

"Der Mensch ist das Maß aller Dinge - L'Homme est la mesure de toutes choses". Une telle vision ferait hurler Greta Thunberg. Mais après la boucherie de la guerre mondiale de 14-18 un retour sur l'Homme était du côté allemand la seule nécessité vitale possible. Du côté français nous avions choisi la dérision surréaliste de Dada. Nous voyons donc que ce recentrage allemand sur l'homme a aussi conduit dans la société allemande très peu de temps après la création du Bauhaus à l'apurement des formes de l'homme jusqu'au nettoyage ethnique. C'est un comble de l'ironie puisque le Centre du Bauhaus à Dessau avait été fermé et évacué par les nazis. Je suis quasiment sûr qu'une analyse comme la mienne ne se trouve pas dans le Centenaire du Bauhaus.

La ligne de chemin de fer passe toujours derrière l'usine Fagus, il y a juste l'ICE qui tente d'être plus révolutionnaire que ce bâtiment, mais il n'y parvient pas.

 

Même  la poignée de porte des cabinets est un design de Walter Gropius.

 

Le design de cette montre est de Walter Gropius et date de 1920.

Cette nuit, reportage sur 1919-2019, le Centenaire du Bauhaus avec une 30aine d'images.

15. août 2018

det är ödet - c'est le destin - das ist das Schicksal

 

Hej Hej Marita,

wie gesagt, das Wort "Schicksalsschläge" ist in meiner story för mycket våldsamt - beaucoup trop violent.

Ich würde eher es so verfassen >>>
die  Verknüpfung unserer verflochtenen Lebens-Kreise, die wir fern vom Willen und Bewußtsein lebenslang aufbauen.

Die Sucher der Blauen Blume hatten auch keinen Begriff dafür. Schiller auch nicht.

Unser Leben gehört uns nicht und ist eine Verflechtung, in der wir gleiten und Wellen machen
und in der wir Wind abbekommen, auch wiederum von uns selbst, aber in einem höheren oder unteren Register.

Wir gehen nicht auf einer Kante, und mal ist das Gewicht auch nicht eher rechts oder links,
wir bewegen uns irgendwo auf einer Toundra, wo nichts markantes lenkt und wir trotzdem mit der Hand geführt werden.
Es gibt niemals eine Überschneidung der Kurven des Zufalls oder des Schicksals.

Das alles, um zu sagen, daß das Schicksal mir wieder während dieser neuen Sommer-Reise sehr oft zugewunken hatte,
und zuletzt habe ich eben zwei Tage später noch einmal davon erfahren, als ich schon Zuhause war.

mfG

Thomas

(Bild von links nach rechts: Igmar Bergman, Kunstwerk von Bertil Vallien, Schuhleiste aus dem Fagus-Werk)

 

-----------------------

Som jag sa är ordet "ödetsslag" i min historia för mycket våldsamt.

Jag vill hellre säga det här >>>
Anknytningen av våra sammanflätade cirklar av livet, som vi bygger livslångt ifrån viljan och medvetandet.

Blåblommans Sökare hade ingen aning. Schiller också.

Vårt liv är inte vårt och är en sammankoppling där vi glider och gör vågor
och där vi får vind, även från oss själva, men i ett högre eller lägre register.

Vi går inte på ena knivsegg, och ibland är vikten inte höger eller vänster,
Vi flyttar någonstans på en Toundra, där inget särskiljande styr och vi är fortfarande ledda för hand.

Det finns aldrig ingen korsning av kurvor, tillfällighet och ödet.

Allt detta för att säga dig att ödet hade återupplivat mig under denna nya sommarresa,
och
äntligen har jag fått ett eko igen bara två dagar senare när jag redan var hemma.

mvh

Thåmas

11. juillet 2018

Das Fagus Werk - Walter Gropius - Le Bauhaus

Par le plus grand des hasards et des décisions du gps je suis de nouveau passé par Alfeld an der Leine où se trouve le tout premier bâtiment du Bauhaus, une usine à fabriquer des formes à chaussure en bois et qui est toujours en activité et qui est le leader mondial. Fagus signifie hêtre en latin. L'usine est de 1911 et c'est Carl Benscheidt, l'industriel, qui l'a fait bâtir.

.

 

 

De l'autre côté de la voie ferrée se trouve l'usine Behrens qui fabriquait des formes à chaussure. Behrens n'ayant pas accordé à Carl Benscheidt la promotion qu'il revendiquait, Benscheidt avait alors démissionné et construit sa propre usine.

21. août 2017

Marias och Leifs Gästfrihet i Sturkö - L'hospitalité de Maria et de Leif à Sturkö

Comme je vous l'écris depuis le 6 juillet, il n'y a pas de hasard, ce n'est que le destin - Det finns ingen tillfällighet, det är bara ödet.

Le jour de mon premier départ, pour ce qui aurait dû être Nordkapp 3.0 ou ma 7ème expédition arctique à vélo, je rencontre à mi-chemin entre Strasbourg et Rostock, dans un hôtel à Göttingen un suédois de Kalmar qui était avec une Mercedes 170 de 1954. C'était la première personne à qui je parlais depuis Strasbourg. C'est lui qui m'a appris cette phrase en suédois sur le destin, et j'ai donné ce nom à mon voyage de cet été 2017, "det är ödet".

Puis lors de mon second départ le 22 juillet, mais cette fois-ci en MG, les premières personnes que je croise dans un autre hôtel de Göttingen sont de nouveaux des suédois. L'arrière-arrière-arrière... grand-père du propriétaire de ce second hôtel, Hotel Beckmann, toujours choisi à l'aveuglette sur booking.com, a tout simplement été à Upsala étudier chez Carl von Linné le célèbre botaniste et taxonomiste suédois qui a inventé l'appellation binomiale des espèces variétales et des races animales. Le buste en marbre de cet ancêtre est dans la réception de cet Hotel Beckmann.

Et chaque jour le destin, tout cet été, a continué à m'étirer du passé vers une nouvelle lumière, mais de manière chronologique. Un fin tricotage qui contient un sens malgré-moi. Il faut dire beau-gré moi.

Avant, encore en Allemagne, juste après Göttingen ma route choisie par le GPS m'a conduit à la Fagus-Werk, l'usine construite par Walter Gropius en 1911, qui est la première apparition du Bauhaus dans l'architecture industrielle. Et justement je fais tous les semestres un dizaine de cours de design et d'architecture sur le Bauhaus avec mes étudiants.

Et il y a eu la rencontre, tout autant fortuite mais tellement primordiale à Kleinströmkendorf am Salzhaff, de Thomas Petsch, constructeur des motos Munch Mammout, qui m'a recueilli dans son hôtel, alors que je sombrais dans le désespoir après l'abandon de ma 7ème expédition arctique à vélo dès le 1er jour de route. Thomas Petsch accompagnait avec simplicité son cancer, nous nous sommes dit pendant 5 jours d'échanges les choses primordiales et 6 jours après il est mort, mais en m'ayant donné le courage de relever ma tête.

Et cette rencontre avec le destin en a révélé plein d'autres. Car non loin de Kleinströmkendorf am Salzhaff, à Rostock où jai l'habitude de laisser ma vraie voiture dans un hôtel, il y avait l'exposition sur le peintre est-allemand, Wolfgang Mattheuer, que je connais au moins depuis 20 ans avant la Chute du Mur de Berlin. C'était un peintre dissident, mais qui a été suffisamment subtil dans ses tableaux, qu'il n'avait pas été extradé de la RDA. Selon ce peintre, "il avait peint des non-libertés, et après la Chute du Mur de Berlin, il avait toujours peint des non-libertés". En 1979 ou 81 j'avais exprès fait en DKW F12 de 1965 un aller-retour Strasbourg Kassel pour voir des peintures de Wolfgang Mattheuer. En rentrant, j'avais fait un serrage, c'était un 3 cylindres deux temps.

Et de fil en aiguille, je répète sur mon travelblog "det finns ingen tillfällighet, det är bara ödet" , parce que l'événement du jour en est à chaque fois l'illustration.

Ainsi, à Falun au camping, je trouve à la recepsjon une brochure sur le peintre Anders Zorn plus loin dans le nord à Mora. Or le 27 mai 2017 j'avais découvert ce peintre dont quelques tableaux illustrent l'un de mes billets de mon site d'analyse économique et financière www.renovezmaintenant67.eu .

Pas loin de Falun je découvre la maison où Carl von Linné s'est marié.

En descendant sur Karlstad je visite la maison du poète Gustaf Fröding. Mais à 600 kilomètres au sud, à Sturkö près de Karlskrona, le patron du camping où je suis actuellement est en parenté directe avec Gustaf Fröding.

Et pour faire cette route, je tombe, toujours enivré par le destin, directement sur une portion de la route faite l'été 2016 à vélo en remontant au Nordkapp pour la deuxième fois, puis une autre portion faite à vélo l'été 2011 en descendant de Kilpisjärvi et de Stockholm à vélo.

Je retombe aussi sur la manufacture de verre de Rosdala pour la 3ème fois, et sur le filmbyn de Pippi Långstrump pour la 2ème fois, tout ceci en laissant toujours le choix de me diriger à Google Maps, à booking.com et au portail SCR de réservations des campings en Suède.

J'avais donc raconté à Leif Svensson, le directeur de ce camping qu'il y avait il y a 40 ans, une suédoise, chorégraphe, Gunilla Lervik, que j'avais énormément appréciée. Leif a fait ses recherches et c'est une artiste bien connue en Suède qui habite toujours près de Göteborg et Malmö.

L'année dernière je suis passé à 5 kilomètres de sa maison à vélo, le 25 juillet encore une fois à 5 de sa maison en MG, et demain je quitte de manière anticipée le camping de Sturkö pour aller sonner chez elle.

Gunilla Lervik, que vous voyez en photo, est aussi artiste peintre et s'est donné comme tâche de reproduire sur des oeufs de Pâques / Påskägg toutes les scènes des tapisseries de Bayeux. Elle en a fait déjà le tiers. Moi-même je l'avais peinte à l'huile sur un grand tableau, quand elle avait dansé sur une scène à Strasbourg vers 1981. J'ai toujours ce tableau. Elle faisait de la chorégraphie moderne un peu à la Pina Bausch.

C'est une belle femme, j'aurais bien aimé vieillir avec elle. Je crois qu'elle a toujours beaucoup à raconter. J'ai l'impression que son visage a toujours fait partie de ma vie. Enfin son aspect actuel semble être familier de mon visage actuel et de mes visages passés.

C'est ce soir que Leif m'a donné toutes ces informations. Mais ce matin j'ai traduit de Tomas Tranströmer "Övergångsstället - Le point de passage", toujours simplement dirigé par la force de la rue du destin, cette rue qui m'entoure comme un essaim.

De ce livre de poèmes de Tomas Tranströmer de 485 pages je feuillette, me laisse attirer et je me lance dans la lecture, puis la traduction. Ce matin j'ai traduit en français et en allemand, je préfère la version allemande, de mes traductions. Mais rien ne vaut le suédois.

Ce destin qui m'étire du passé vers une nouvelle lumière. J'ai écrit tout l'été des dizaines de fois cette phrase, qui pour moi n'avait jamais rien de magique, mais qui n'était qu'une description bilanaire des instants composés par chaque jour.

.

10. août 2017

Le poète Gustaf Fröding à Karlstad dans le comté du Värmland

När sorgen kommer, som när natten skymmer i vilda skogen, där en man går vill, vem tror på ljuset, som i fjärran rymmer, och sken som skymta fram och flämta till? På skämt de glimta och på skämt de flykta, vem tar en lyktman för en man med lykta?

Tröst – Gustaf Fröding

La seconde moitié était plus dure à traduire: "Quand la tristesse arrive comme quand la nuit obscurcit la forêt sauvage où un homme veut aller. Qui croit en la lumière dans des maisons qui brille comme dans un souffle coupé? Par plaisanterie elles clignotentent, par plaisanterie elles fuient. Qui prend un feu follet pour un homme avec une lanterne?

Feu follet = lykt + manne en norvégien, lanterne + homme.

Si vous me lisez depuis le début de cet été et même depuis les étés précédents, vous voyez qu'en si peu de mots, Gustaf Fröding associe aussi mouvement, lumière, volonté, croire, sauvage, fuire, aller vers, impression, illusion.

Ceci explique pourquoi la comète vue de la terre en janvier 2007 a été nommée Fröding.

Vous voyez que depuis trois semaines je développe l'idée des arrangements du destin qui me font croiser en Suède des chemins avec le mien dans une nécessité qui s'éloigne bien du hasard. Hier j'ai pu formuler au mieux en français et en suédois ma définition du destin qui ameuble mon esprit depuis si longtemps: "le destin, c'est l'étirement du passé vers une nouvelle lumière / Öde som sträcker sig från det förflutna in i ett nytt ljus."

Et voilà que mon voyage à l'aveuglette du Plan B de cet été 2017  me conduit maintenant à Karlstad sur Gustaf Fröding.

Dans l'Encyclopédie Universalis je trouve ceci au sujet de Gustaf Fröding: "Il y a du Baudelaire, du Verlaine, du Heine chez Fröding, poète suédois accablé d'une lourde hérédité, alcoolique instable et finalement terrassé par la schizophrénie. Mais tout compte fait, c'est à la Suède, à son Vermland natal qu'il doit le meilleur de son inspiration, quantité de ses thèmes et son extraordinaire musicalité. De là vient qu'il soit si mal connu à l'étranger, si malaisément traduisible aussi : encore bien plus que sa contemporaine Selma Lagerlöf, il est enfant de la Suède.

Le régionalisme demeure à ce jour l'une des sources d'inspiration les plus fécondes de la Muse suédoise, il nous vaut régulièrement de belles œuvres pittoresques et riches de chaleur humaine qui constituent certainement l'une des hautes originalités d'une littérature menacée sans cela d'inféodation aux grandes modes contemporaines. C'est à Fröding qu'elle le doit.

Fröding a su, dans de nombreux recueils de poèmes donner libre cours à un humour dru, directement jailli du terroir, qui est aussi l'arme dont il se sert contre le désespoir de ne pouvoir réconcilier les cruelles antinomies qui lui gâtent sa vision du monde, Humour ou parodies savoureuses: il prend ainsi ses distances vis-à-vis d'une réalité trop méchante. S'y ajoute un art parfaitement élaboré, fruit d'une remarquable maîtrise des possibilités plastiques et musicales de la langue suédoise où il faut voir, en profondeur, un amour intense de la vie naturelle, une joie d'exister hic et nunc, au-delà de la souffrance et du désaccord. Attitude pathétique et bien moderne qui exige toujours une double lecture du poème; derrière les servitudes de la réalité, au niveau de l'expression même et de l'insidieuse provocation des sons, persiste un chant invincible."

C'est dans mes cordes, que tout ceci. Je me sens apparenté à Fröding.

Je suis content que mon voyage à l'aveuglette de cet été me conduise vers les deux peintres suédois qui comptent le plus pour la Suède, Carl Larsson et Anders Zorn, et les deux auteurs sui comptent le plus pour la Suède, Selma Lagerlöf et Gustaf Fröding.

 

 

Gustaf Fröding passe aussi pour être le "poète maudit" puisqu'il a fini dans la démence et l'alcoolisme. Mais... Jean Sibelius, le compositeur finlandais a mis plusieurs de ses poèmes en musique. J'ai visité sa maison et son musée il y a deux étés près de Helsinki à Järvenpää. Je vous ai longuement entretenu les étés passés de Jean Sibelius, dont j'ai fait le portrait au crayon sur une toile cet hiver. Il n'attend plus que mes pinceaux qui ont du mal à repousser. Je m'imagine un tableau terminé avec Sibelius, Zorn et Fröding, cet hiver prochain pour accomplir mon voyage.

Et Edvard Grieg, le compositeur norvégien, a aussi mis Gustaf Fröding en musique. J'ai visité sa propriété et son musée près de Bergen il y a 8 ans quand je rentrais des Îles Lofoten en Hotchkiss de 1925.

----------

Vous avez compris qu'en ayant quitté la bicyclette comme vecteur de promotion arctique où la lumière a pris place à toute tristesse, à tout désaccord, j'ai changé de régime et suis entré dans les choses et la forme depuis la visite il y a trois semaines en Allemagne du Fagus-Werk construit par Walter Gropius en 1911 au début du Bauhaus. La nature n'a pas de forme, elle est, même si malheureusement nous passons par des mots pour la décrire et la réduire. Là haut, au-dessus du Cercle Polaire mon esprit n'était plus ameublé par des choses et surtout encore moins pas par des mots. Le Bauhaus s'est proposé comme une nouvelle forme occupante, orthogonale, de l'ameublement intérieur et extérieur, mais en tous cas pas en-dessous ou au-dessus des éléments, sauf peut-être Oskar Schlemmer avec son Ballet Triadique, dont j'ai vu l'exposition cet automne au musée Tadeusz Kantor à Cracovie, mais que je connaissais de bien d'avant.

Avec mes expéditions arctiques à bicyclette j'ai pu être en dehors de la forme, et n'est-ce pas, en pensant à ce que je découvre de Gustaf Fröding, une voie douce de contourner une schizophrénie?

Mes voisins de camping ont rapproché du parvis de leur roulotte tractée un ameublement qui fait apparaître et disparaître. Ceci doit être un univers où tout y est. Du désir à la puissance. Sans le désaccord.

 

9. août 2017

Zorngården och ateljé, en oas mitt i Mora

La propriété et l'atelier de Zorn, une oasis en plein coeur de Mora. Visitez >>> le site Anders Zorn

Je reviendrai encore souvent sur mon changement de régime. Pour aller au Cap Nord à vélo l'été dernier 2016 le temps n'existait pas pour moi une seconde sur mon expédition de 2865 kilomètres faits en 1 mois et 4 jours, avec 9 jours de pause inclus. Malgré l'effort physique je n'étais qu'une plume intemporelle et je n'avais plus de pensée. Cet été 2017 je n'arrive pas à avoir de notion de temps, du nombres de jours passés et des lieux où j'étais. Je dois consulter les dates et billets de mon travelblog. Je me sens comme un élastique sans savoir de quel côté je suis étiré. Au début de ce voyage, à cause des répétitions de coincidences de destins, j'ai plusieurs fois écrit que le destin m'étire du passé vers une nouvelle lumière. Avec toutes ces nouvelles choses que je vois, je me perds. C'est joli que tout ceci, mais j'ai encore plus vivement l'impression que mon corps et mon esprit ne sont pas une unité et qu'ils ne vivent toujours pas la même chose. Après la visite du Fagus-Werk du Bauhaus de Walter Gropius en Allemagne j'ai appelé ma descente du vélo "le retour à la forme", car la nature n'a pas de forme, elle est, et car les choses ne sont que des variantes orthogonales. Cet été je vois des choses. Comme c'est curieux. Ça flatte la personne civilisée.

Son atelier est à côté de la maison.

On n'y voit pas bien clair.

.

28. juillet 2017

Le Vandalorum de Värnamo - Musée du Design et des artistes de Småland

 

On comprend bien que mes expéditions arctiques à vélo étaient une simple et seule conquête intérieure, le nez tourné vers les nuages, apportant l'ouvrage à la personnalité, mais handicapante à l'écart des réalisations de l'homme. Le moi avait pris la place du "noûs", à penser et à prononcer en grec.

Il ne faut de toute façon pas trop être arrangé pour effectuer 13.000 km tricotés en 6 étés sur le Cercle Polaire Arctique avec 2 fois le Cap Nord au bout des cycles, et même si le vecteur est flanqué sur une fuite ou une conquête à réaliser, il n'est jamais ni mensonge ni manoeuvre. Mais plus grande est l'échelle des aboutissements, plus grand est l'éloignement ou l'absence de chez mes contemporains. Je pense le mot "contemporain" en allemand "der Zeitgenosse" = l'appréciateur du temps, de celui qui est aussi apprécié par d'autres. Ainsi un expéditeur à vélo ou un stationnaire dans une ville ne sont pas à observer sur une échelle de valeurs. Chacun joue sa partie, celle qu'il peut. Avoir mal aux fesses à cause d'une selle de vélo qui meurtrit, ou avoir des escarres aux talons de la sédentarisation, sont de part ou d'autre des blessures de la vie, punkt och slut.

Pour être plus simple, suite à la sciatique et au découragement d'il y a 15 jours, j'ai renouė avec la contemporanéité grâce à l'automobile, une MG B de 1980, et avec Tripadvisor j'ai trouvé ce Vandalorum à 86 km au sud de Jönköping à Värnamo ( https://sv.m.wikipedia.org/wiki/Vandalorum ). C'est au milieu des champs. Avec le vélo je me serais arrêté le soir pour repartir tôt le matin dans les bois ou la toundra et je n'aurai juste pensé à rien, de jour en jour. Le vide boréal, une voute immatérielle sur du rien.

Depuis le Fagus-Werk du Bauhaus construit par Walter Gropius je ne cesse d'acquérir plein d'affiches pour mes étudiants en Design ou en Architecture. La Forme du Bauhaus avait exagéré en tentant de réaliser une mise en forme de l'homme tout en racontant qu'il veut l'émanciper et l'enrichir. Les artistes en ont voulu, mais pas les autres, même si en architecture le Modernisme en est toujours la norme. Un haut-de-forme flanqué sur nos têtes.

Je donnerai à ce voyage de vacances après mes promotions entre sapins et toundra le titre du "Retour à la forme". La nature n'a pas de forme, elle est. Ce n'est que notre langage qui lui attribue les variantes orthogonales. Ce retour permet de mieux apprécier la construction, et de toute façon comment tout ceci est tricoté par les signifiants et les signifiés, qui pour moi restent déjà jusqu'au moindre d'entre eux des prouesses. C'est partout une interlocution d'artiste, la forme et le mot qui l'entoure. Le langage est aussi un genre d'expédition arctique car, comme Sartre le pensait aussi, il ne restera jamais qu'une tentative superficielle de donner à nature et forme l'aspect qui nous ressemble le plus tout en lui restant étrange. Le designer Eero  Aarnio est qualifié en suédois de "homo ludens, den lekande människan / l'homme qui joue". Chacun joue sa partie qu'il peut >>> https://www.smalanningen.se/article/svens-oga-har-slutits/ .

Au petit déjeuner de ce matin j'étais assis pas loin d'un jeune suédois autiste. Ayant travaillé pendant 1 an avec des jeunes adultes autistes ou trisomiques, j'apprécie encore plus tout effort de langage, que j'observe du dedans comme du dehors, enfin telle est ma prétention. Donc toute forme de voyage ou de sédentarisation est un apprentissage sans réponse mais qui laisse des signes.

Une première exposition y est dédiée au designer finlandais Eero Aarnio né en 1932 et de réputation mondiale, sauf en France bien sûr ( https://eeroaarnio.com/ ). Il est l'inventeur du fauteuil en boule, le "Ball Chair / Kupla-tuoli / Åskbollen".

Une autre salle est dédiée aux peintres du comté du Småland, dont celles de Fredrik Lindqvist ( http://www.fredrik-lindqvist.com/ ) et d'autres.

Et ci dessous "Svenska Öga / L'Oeil de la Suède".

23. juillet 2017

Le Bauhaus / das Fagus-Werk de Walter Gropius

Aujourd'hui j'ai programmé au départ de Göttingen pour Lübeck Travemünde mon GPS pour éviter les autoroutes, et une fois de plus, det finns ingen tillfällighet, det är ödet / il n'y a pas de hasard, il n'y a que le destin.

Enseignant en allemand à Strasbourg aux étudiants le Design et l'Architecture, je fais tous les semestres des cours sur le Bauhaus, sur son fondateur l'architecte Walter Gropius. Et voilà que directement sur ma route je passe à Alfeld an der Leine où cette usine extraordinaire de formes à chaussures a été commandée par Benscheidt à Walter Gropius en 1911. On y voit d'emblée dans ce premier bâtiment "Bauhaus" de Gropius les éléments qui ont caractérisé le Bauhaus: la façade de verre, les encadrements en acier du verre, le toit plat, l'angle dissout en verre, les colonnes portantes intérieures, transparence et clarté, les formes simples orthogonales en cube où travail industriel et habitat devaient se montrer et où la lumière devait aller partout et ressortir de partout.

Cette usine qui est le monument du Bauhaus et l'origine du Modernisme en architecture est classée par l'UNESCO patrimoine de l'humanité et fonctionne toujours en restant concentrée sur son cœur de cible d'origine la forme de chaussures.

On y voit aussi du mobilier du style Bauhaus de Gropius, Breuer, Gerrit Rietveld... et à côté une machine pour tourner dans du hêtre (Fagus en latin) des formes de chaussure. Cette machine rappelle plus le monde de Zola de 1860 que le Bauhaus et le contraste a quelque chose d'angoissant.

Je vous ai aussi fait une photo d'escalier comme aurait pu le voir le peintre Oskar nSchlemmer dont j'ai vu à Cracovie en novembre dernier une rétrospective. 

.

Certains font un selfie à la fontaine Castalie à Delphe pour y trouver l'inspiration poétique. Je ne pouvais pas faire un selfie dans cet escalier du Bauhaus dans le Fagus-Werk, parce qu'après Oskar Schlemmer un escalier ne peut plus qu'être arpenté par ses personnages en mouvement et qui ne bougent pas. Depuis Oskar Schlemmer un escalier n'est plus un escalier, mais un zone d'intemporalité où l'urgence de l'existant est imprimée et où il n'y a pas de passage.

On dit aussi que le concept du Bauhaus n'est pas pensé jusqu'au bout: il fait chaud en été et froid en hiver, c'est une hérésie climatique.

D'autre part, d'un point de vue social, politique et sociologique, le Bauhaus qui veut intégrer dans une anthologie  le travail à toutes formes d'art, ne peut pas non plus cacher sa peur face à l'ouvrier, qui doit pouvoir être surveillé sous tous ses angles pour le pousser au rendement et à la productivité.

Et la peur de l'individu auquel est refusé toute forme d'intimité dans un habitat, qui ne lui est attribué que comme une forme.

La cuisine y est fonctionnelle et il n'y a plus d'invitation à la préparation de mets pour gourmets, la femme y est promue ingénieure en cuisine. La cuisine de Gropius est une annonce de "la Cuisine de Francfort / Die Frankfurter Küche". Quand on regarde le mobilier de cuisine dessiné par Walter Gropius on se dit qu'une merde pareille ne se trouverait même pas chez Emmaüs.

Même si l'Ecole anthologique du Bauhaus de Dessau avait été fermée par une municipalité pro-nazie, Gropius l'avait dirigée d'une manière autoritariste et tous les artistes qui l'avaient suivi, Kandinsky, Klee... l'ont quittée tout aussi vite. Le Bauhaus intėgratif n'était en fait pas humaniste mais était un système.

La folie créatrice à été énormément nourricière pour tous les arts, et l'expérience du Bauhaus reste à ce jour la seule qui avait voulu et pu réaliser la coopération aussi étendue entre artistes, artisans, ingénieurs, travailleurs, architectes, habitants, écrivains, compositeurs, chorégraphes, typographes, scientifiques, industriels, danseurs, musiciens, etc.