
Avant-hier j'ai fait 91 km, et 275 km depuis
Stockholm, la route était belle et le ciel est toujours radieux mais
depuis Stockholm j'ai le vent debout. De plus j'ai longé la côte
maritime très échancrée si bien que je passe très souvent de 0 à 100
mètres d'altitude très rapidement. Les pentes sont trop raides pour moi
et j'ai souvent dû pousser rallarros-express. Normalement les derniers
499 km de Norrköping (prononcer à la française Nôrjieubine) à Trelleborg sont plats. En fait n'ayant pas préparé un passage en Suède je n'en sais trop rien.
Pour
trouver mon camping j'ai désobéi à mon gps ce qui m'a permis de voir
autre chose que des églises. Il y a à Norrköping des villas bourgeoises
qui portent leurs noms et des énormes rocs érodés par les glaciations
qui portent des dessins rupestres gravés de 3000 ans sur le site
Himmelstalund en face du camping. Ils ont été peints en rouge.
Les suédois sont très sympathiques et viennent spontanément me demander d'où je viens et où je vais.
Je
suis resté deux nuits au camping et je découvre dans la ville la
paléontologie industrielle. Norrköping, 170000 habitants, était la
seconde ville industrielle de la Suède avec le textile.
Il est
vrai que pour l'instant mon expédition avec rallarros-express n'a été
qu'un trekking combatif pour faire du kilomètre entre deux points. Bon,
je me suis prouvé que je peux faire de la distance. Je bois 4 litres de
mjölk (lait, maito en finnois) par jour.
Les anciens sites
industriels situés en plein centre forment tout un quartier. N'importe
quelle vue devient une consciente appréciation de vue: les angles, les
échos de lumière, les ombres qui sont des compositions voulues par les
bâtisseurs et qui dans tous les pays nordiques sont des constituants
architecturaux principaux. Je l'ai vu à Torshavn dans les îles Féroé
dans l'atlantique nord, à Bergen, Ålesund, Trondheim, Vaasa, Helsinki,
Oslo. La lumière doit toujours y être captée et les ombres ne doivent
pas être expédiées mais émises comme une nouvelle source de lumière.
L'ombre dans les pays nordiques n'est pas la fin d'une clarté mais la
prolongation du bonheur de voir le jour. L'ombre est aussi la manière de
se préparer à la nuit d'hiver ou de la ramener dans le jour d'été pour
faire fondre en eux les solstices et pour consolider toutes les
gradations qui y conduisent. En été le vol des oies en formation accorde
à ce tricotin de raies et de pinceaux la dimension de l'impondérable